dEUS – Keep You Close

De ses 20 à ses 30 ans, Tom Barman était un génie. Il avait pondu trois albums et une flopée d’EP tous exceptionnels avec dEUS, son groupe, et nous avait ensuite bluffés avec Anyway The Wind Blows, son film, tout aussi formidable, atypique et inspiré que sa musique. Tout ça en 10 petites années, voilà qui forçait le respect.

Ensuite, la débandade : un long hiatus, un groupe remodelé de fond en comble, des concerts en dents de scie, 14 Pukkelpop, 22 Werchter et des albums de moins en moins passionnants. L’has-been-isation en mode ON.

C’est donc logiquement que je n’attendais plus rien de ce Keep You Close. Bien m’en a pris car c’est à nouveau complètement dispensable. On retrouve tous les ingrédients du dEUS post 2000 : des bases très solides et des compositions très travaillées mais un manque cruel de nouvelles sensations. A quoi vous ajoutez des fautes de goût de plus en plus embarrassantes (Keep You Close et The End Of Romance vous donneront au mieux la nausée…), des morceaux moyennement inspirés et vous comprendrez que défendre dEUS en 2011 quand on est resté amateur de la musique de leur début devient mission impossible. Une  fois de plus, cet album est tout à fait valable avec ça et là de bonnes choses mais où sont donc passés les moments de génie ? Où sont les expérimentations acerbes contrebalancées par des refrains pop imparables ? Où sont les structures complexes qui rendaient leur musique si passionnante ? Où est cet élan de liberté qui nous surprenait à chaque morceau ? Où est passée cette propension à finir un morceau sur deux dans un joyeux bordel ?

Pour un groupe qui a débuté en bidouillant des chansons absolument géniales, osant tout, au croisement de la pop, du folk, du jazz et du rock alternatif nineties et évoquant un tas de références qui allaient de Captain Beefheart à Pavement, se retrouver avec un sixième album aussi peu inspiré, sans saveur ni idée qui dérange,  ça vous donne envie de baisser les bras de désespoir, de croire au mauvais rêve. dEUS aurait du devenir un géant indie, quelque part au beau milieu des Deerhunter, Broken Social Scene, The National, Built To Spill, The Wrens, Yo La Tengo ou Spoon. Au lieu de ça, ils ont joué la case de l’easy listening, du consensus mou et sont devenus un produit de consommation de masse. Cette masse qui a aussi mal vieilli qu’eux apparemment : le groupe proposait récemment de voter pour la setlist qu’ils auraient dû exécuter au Pukkelpop. L’occasion rêvée de les voir jouer en live des raretés. Devinez le résultat ? Zea, The Horror Partyjokes, Dream Sequence #1, Gimme The Heat, Violins and Happy Endings ? Ben non, juste la collection de leurs singles radio… Ils leur restent le public de moutons qu’ils méritent finalement. Et nous, nos yeux pour pleurer. Allez, rideau.

The Ideal Crash de l’album The Ideal Crash, leur chef d’oeuvre de 1999. Parce que j’adore cette vidéo:

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=QaAvShKyRj8&feature=player_embedded[/youtube]

Un petit cadeau pour les fans de Sonic Youth : dEUS – Youth Against Fascism – 0110 Concert – 2006


Secret Hell de l’album Worst Case Scenario, leur chef d’oeuvre de 1994.

Auteur: Adrien

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