Deerhunter – Monomania
Juin21

Deerhunter – Monomania

Virage radical pour Deerhunter qui se la joue crade et ‘nocturnal garage’, comme ils se décrivent eux-mêmes, sur ce ‘Monomania’ de haute tenue. Qu’ils troquent du shoegaze pour du lo-fi 8 pistes, cela ne surprendra pas le fan que je suis qui les sait copains comme cochons avec les Black Lips, qui les a vus sortir un split 7″ avec Jay Reatard et qui les a toujours trouvés plus à leur affaire en mode « bourrés dans une cave » qu’en mode « showcase à la Fnac ». De par ses partis pris, cet album ne rassemblera pas tout le monde. A la fois tranchant, bruitiste, expérimental, crade, il a tous les défauts. Exactement tous les défauts que ceux qui s’y retrouveront espéraient, ou n’osaient même plus espérer, d’un album d’indie rock en 2013. Qu’il surprenne, réveille des sens, prenne des risques, dérange. Qu’il s’aventure, même maladroitement, dans de la country, du garage, du folk, de la dream pop. Qu’il rajoute trois couches de reverb là où tout le monde en aurait retiré deux. Qu’il accentue les angles au lieu de les arrondir. Qu’il emmerde la bien-pensance. Dixit Cox : “Thank God I don’t look like every other fucking dude wearing their girlfriend’s fucking jeans out there on stage.” Amen. L’attitude punk, la production crade, un son énorme, on applaudit. Mais les morceaux en tant que tels ? La plupart sont de très bonnes tenues. Du bon, voire du très bon, Deerhunter. On passe entre autres par un fin mélange, très réussi, de dream pop et de rock, par des moments bruitistes de pure bonheur, par de la pop subtile et lisse ou aux arrangements rugeux et étranges qui la subliment. Tout n’est pas mémorable pour autant. Certains morceaux sonnent comme du sous Deerhunter, qu’on qualifierait même pour l’occasion de Black Lips moyen. Ce qui n’est pas une tare en soi, après tout on est là pour s’amuser. Mais à y regarder de plus près, ces quelques morceaux là tiennent surtout la route de par cette production qui détonne. Merde alors, ils ont raté le coup du chef d’œuvre. Thank God I won’t have to see them in fucking stadium...

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Ty Segall – Cuvée Grand Cru 2012
Nov22

Ty Segall – Cuvée Grand Cru 2012

Oooh lecteur attentif, tu le sais, j’adore Ty Segall. La preuve, ici et aussi ici. Ty, c’est la quintessence de la scène garage actuelle. Ty a l’énergie punk des Stooges, Ty pond des riffs charmeurs comme le faisait les Beatles, Ty n’en a rien à foutre de la technologie blue-ray mais Ty sait mieux que tout le monde ce que « sonner » signifie. Ty ne s’arrête jamais. Soit il tourne avec ses potes, soit il compose. Et comme Ty ne s’emmerde pas à superposer 72 pistes dans un studio bling-bling, Ty balance albums sur albums à une vitesse complètement folle. Cette année, trois albums. Pas moins. Passons les, enfin, en revue.  Ty Segall and White Fence – Hair 17/20 Pour le meilleur. Cette collaboration entre Ty et Tim Presley, autre joyeux coco de la scène « garage » californienne, est une putain de réussite. Ty apporte ses gros riffs qui claquent et qui charment, Tim son côté pop psyché plus éthéré. Tout ça flaire bon les ‘60s, la route 66, les bars et le soleil mais est intrinsèquement punk dans le rythme et dans l’âme. Une des plus délicates plumes au chapeau de leur discographie respective. Ty Segall Band – Slaughterhouse 17/20 Multi-instrumentiste, Ty compose et enregistre habituellement ses albums seuls pour les jouer sur scènes avec ses potes. Ici, on change les plans, tout le monde est au studio et on en enregistre ensemble. Il en résulte un album d’une énergie à couper le souffle. De loin, le plus musclé et le plus brut de ses albums. Les frontières du hard et du punk avec lesquelles ils jouent souvent sont aussi clairement franchies. Et tout en gardant, évidemment, ses riffs pops accrocheurs. Une solide claque. Ty Segall – Twins 15/20 Twins est l’album « solo » annuel de Ty. Une chouette collection de mélodies psyché-pop crasseuses et de morceaux garages bruts plus énergiques. Il est moins propre et abouti que l’excellent « Goodbye Bread » de l’an dernier mais plus varié. On y retrouve plus le côté foutraque de « Melted » (l’album d’il y a deux ans…). Ty élargit quelque peu les horizons et parvient à ne pas se répéter. Belle performance vu sa prolificité. Allez, vivement 2013...

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The Walkmen – Heaven
Sep02

The Walkmen – Heaven

Des semaines, des mois, que j’écoute cet album avec insistance. Aux premières écoutes, le coup de foudre était si intense que j’y voyais un classique, un digne successeur du Boxer des National. Rien de moins. Avec le temps, je serai plus mesuré mais quand même convaincu que ce (très) beau vinyl n’est pas prêt de prendre la poussière. Ce Heaven est un condensé du meilleur de leur musique. Que les morceaux soient enlevés et teintés de post-punk, qu’ils soient plus aériens, romantiques ou qu’ils s’agissent de balades extrêmement dépouillées, les compositions brillent par leur qualité et  leur justesse. Vous ajoutez à cela une interprétation magistrale, entre la voix envoûtante de Hamilton Leithauser et le son unique de la guitare de Paul Maroon à l’écho reconnaissable entre mille et vous ne saurez plus qu’écouter tant l’offre est impressionnante. C’est un album d’une grande classe et incontestablement un des musts de l’année. On serait naïf que l’on dirait qu’Heaven sera inévitablement l’album de la consécration pour les Walkmen. Plus lisse, plus riche et plus étoffé que ces prédécesseurs, il a en plus la touche d’accessibilité qui devrait le transformer en classique. Cette touche qui décevra peut-être légèrement les fans de la première heure. Mais que ceux-ci se rassurent, ça fait une décennie que le grand public les boude sans raison (‘The Rat, un des meilleurs morceaux des dix dernières années datent de 2004 déjà), je doute que cela change aujourd’hui. Les meilleurs secrets sont parfois très, très bien gardés. We Can’t Be Beat The Love You Love Le live à la Route du Rock  ...

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Hot Chip – In Our Heads
Juil30

Hot Chip – In Our Heads

Hot Chip, des gentils geeks artisans des dancefloor de leurs débuts, ils ne restent plus grand-chose aujourd’hui. Le groupe a mûri, les styles se sont variés et l’instrumentation s’est étoffée. Avec un catalogue largement fourni en singles et une joyeuse bande sur scène, Hot Chip est clairement devenu ce qu’on appelle un groupe qui compte. Et qui vieillit aussi. En 2012, Hot Chip a toujours un pied dans la pop électronique dancefloor mais l’autre est définitivement bien ancré dans une pop facile et consensuelle, tantôt mélancolique, tantôt joyeuse et très souvent teintée de nostalgie eighties. Pour le meilleur et pour le pire. Alors que la critique musicale a l’air d’y voir un des meilleurs albums qu’Hot Chip n’ait jamais pondu, j’y vois surtout un gros, un très gros essoufflement. In Our Heads est certes plus variés que leurs premières plaques et la production tiendrait la comparaison face à un bon Mika mais In Our Heads, c’est aussi un manque cruel de singles inoubliables, c’est une majorité de morceaux neutres qui passent sans marqués les esprits, des beats sympas par ci, du second degré revival ‘80s potache par là, quelques ratages grotesques comme ce Let Me Be Him et ses chœurs pompiers que n’auraient pas niés Yanick Noah et – quand même – une très jolie réussite avec Flutes et ses 7 minutes de maîtrise, sa lente montée et son minimalisme accrocheur. Ecoutable, appréciable par moments, irritant à d’autres, cet album en demi-teinte est celui d’un groupe qui semble pour le coup avoir trop préféré l’easy listening au songwriting. La facilité à la transcendance.  En un mot, une déception. Motion Sickness:...

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BRNS – Wounded
Juil08

BRNS – Wounded

C’est assez rare pour qu’on le souligne, mais on tient (enfin !) un chouette truc belge: « BRNS », que tu dois prononcer « Brains » pour ne pas avoir l’air d’un crétin quand tu rencontres tes amis hipsters. Ils viennent tout droit de Bruxelles et ne devront probablement pas se farcir toutes les fêtes de villages pour gagner en notoriété. Et c’est tant mieux ! BRNS n’a rien à envier aux plus grands. Leur EP « Wounded » s’écoute sur le Bandcamp du groupe est sorti il y a quelques semaines et a fière allure. Dès les premières écoutes, on se retrouve en terrain connu, quelque part entre du Foals des grands jours (ces petits riffs rapides à la guitare), du Animal Collective, du TV on the Radio, voire même des nappes d’orgue et certains voix rauques à la Wu Lyf, même si on préfère laisser BRNS bien loin de la hype. « Wounded » se distinge comme un petit bijou indie, mélange pop et post-rock. On s’emballe évidemment par l’entêtant « Mexico » qui accrochera tout le monde, parce que c’est un putain de chouette morceau. Et comme vous avez bien aimé, on vous recommande d’écouter le reste de l’EP (enfin, EP… 7 titres quand même !). Prêtez donc une oreille attentive à « Here Dead He Lies » ou à « Clairvoyant », la plage d’ouverture. Je vous laisse, j’ai encore envie de l’écouter une fois ou deux avant d’aller les applaudir à Dour fin de semaine....

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Japandroids – Celebration Rock

Le duo guitare/batterie canadien s’était fait connaître en 2009 avec l’excellent Post-Nothing. Bombe garage rock qui évoquait le rock alternatif des Smashing Pumpkins, la rage des Stooges et autres joyeusetés rock’n roll. Ils nous reviennent avec Celebration Rock et confirment haut-la-main tout le bien que l’on pensait d’eux. Cet album est un nouveau brûlot, on reste dans le même format et le même son que sur Post-Nothing avec juste un brin de folie et de légèreté en plus. Comme l’évoque le titre de l’album et les feux d’artifice qui l’ouvrent et le ferment, l’humeur est moins plombée. Ils rappellent No Age, autre excellent duo guitare/batterie contemporain capable de nous pondre des morceaux aussi noisy qu’accrocheurs. Mais là où No Age nous noie parfois dans une nappe shoegaze, ils s’orientent eux vers des constructions plus directes, saccadées, avec changements de rythme et refrains entêtants. Niveaux références contemporaines, on pense aussi à l’énergie des Thermals ou de Wavves. Et enfin, avec « For The Love Of Ivy » qui est un quasi copié/collé du « Vamos » des Pixies, on se dit que toute similitude avec la bande à Frank ne serait pas une coïncidence fortuite. Alors que les premières écoutes révèlent des morceaux puissants et accrocheurs qui vous donneront l’envie de beugler à tue-tête en sifflant des bières entre potes, les écoutes suivantes révèlent une subtilité là où l’on ne s’y attendait pas vraiment. Des paroles aussi cyniques que réussies sur l’apologie de la défonce, l’hypocrisie des relations humaines ou la nostalgie de belles années d’insouciance, des passages noisy presque hypnotiques et un savant mélange entre retenue et laisser-aller. Au final, ce Celebration Rock est un album solide aux qualités aussi nombreuses qu’indéniables. Et comment résister à « Younger Us » et son superbe:  “Gimme that night you were already in bed  Said fuck it got up to drink with me instead”  ? A boire !! The Nights Of Wine And Roses by Japandroids on Grooveshark The House That Heaven Built by Japandroids on...

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