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Pitchfork Music Festival @ Paris

Pitchfork organisait la deuxième édition parisienne de son festival le week-end dernier (on est un peu en retard dans la mise en ligne de l’article, c’était début novembre. Et alors ?). Nous y étions. Récit de cette aventure particulière en plongée dans un monde parallèle…

Tout d’abord, plantons le décor. Pour ceux qui ignorent ce qu’est Pitchfork, quelques explications s’imposent. Pitchfork est un site web musical basé à Chicago. Ca critique sans concession la quasi-totalité des sorties estampillées musique indépendante, underground ou alternative, appelez ça comme vous voulez. Folk pour barbus bohêmes, rock garage pour punks en cuir, électro pour speedés du samedi soir, rap pour révolutionnaires en survet’, pop de tarlouzes ou rock propret des classes moyennes, tout y passe. Tout, tant que ce n’est pas « mainstream ». Et comme le site, notamment de par ses redoutées cotes de 0 à 10 (avec une décimale !), est devenu de loin le média le plus influent de ce petit milieu, il fait et défait les modes au sein de cette culture underground qui par définition échapperait à tout standard… C’est le serpent qui se mord la queue en quelque sorte… Cette réserve étant émise, il n’en reste pas moins que Pitchfork est la « Bible » de l’amateur de musique un brin plus averti que celui issu de la « masse » qui continue à vivre comme un bien heureux en se contentant des bouses FM.

Pitchfork, en version festival, ça donne sur papier une affiche aussi pointue qu’intéressante, dans un cadre a priori très soigné (la Grande Halle de la Vilette à Paris). Passons en revue le cadre, l’ambiance et bien sûr la musique. Et ce de 0 à 10, avec une décimale !

Le cadre. 7.9/10 - L’immense salle rectangulaire est divisée en deux parts égales avec une scène de chaque côté. Sur les bords, de simples draps noirs sur lesquels ça et là sont projetées de rares images qui font le boulot en apportant une chaleur tant acoustique que visuelle plutôt réussie. A la fois minimaliste et classe, quand votre plus récent souvenir de festival c’est Dour 2012, autant dire que ce site est le Pays des Merveilles.

L’ambiance. 4.2/10 - Entre bourgeois-bohèmes, hipsters, nerds ou snobs, on ne sait plus à quel qualificatif faire appel pour définir ces gens dont la superficialité est inversement proportionnelle à leur penchant pour la déconne… Le bilan après trois jours de festival est sans appel : deux rencontres sympathiques. Waouw. On aurait passé les mêmes trois jours enfermés dans les chiottes du Louvre que le bilan n’aurait pas été pire. Heureusement, nous étions six joyeux camarades et la picole a rendu tout ça merveilleux. Petite suggestion aux organisateurs pour l’an prochain : aligner quelques groupes rock’n’roll à l’affiche (Pitchfork a récemment adoré Thee Oh Sees, Metz, The Men, Ty SegallIceage, ils étaient où ?) et diminuer le prix du ticket, quitte à y perdre une tête d’affiche. Ca donnerait un côté moins guindé à la petite sauterie.

Le son. 10/10 - Merde, on vient de donner un 10. On n’est pas prêt de bosser pour Pitchfork. Mais sérieusement le son était foutrement bon. Ca devrait toujours être comme ça.

DIIV 7.6/10 - C’était « bien ». Comme on pouvait s’y attendre, c’est plus nerveux en live et ça nous a permis de découvrir leurs morceaux différemment. Etant donné la courte longueur du set, ils n’essayent pas d’installer l’atmosphère cool de l’album. Bonne ou mauvaise idée ? Leur futur concert à l’AB très bientôt devrait nous permettre de se faire un avis plus tranché.

Japandroids 8.3/10 – Le seul grand moment bien rock’n’roll du festival ! Mais vraiment ! L’énergie qu’ils balancent à deux, et rien qu’à deux, est incroyable. Evidemment, c’est parfois brouillon, surtout la voix qui a vraiment a du mal à suivre le rythme. Mais comment leur en tenir rigueur alors qu’ils ne sont que deux et envoient la purée comme s’ils étaient 4. Ils nous ont en plus bien fait marrer avec leur « superstorm ».

M83  5.3/10 – Parmi vos deux serviteurs, l’un a vraiment aimé l’album, l’autre n’en peut plus de devoir se taper ‘Midnight City’ quand il est au rayon boucherie. Celui qui a vraiment aimé l’album, les a également vraiment aimés au dernier Primavera. Mais là, il les trouvait assez cliché. Mauvaise l’idée de rajouter un orchestre… Surtout si c’est pour les faire jouer la nappe de synthé enregistrée (il n’y a que sur un titre où l’orchestre s’est un peu fait entendre). Celui qui est dépité au rayon boucherie en a eu pour son pognon ! Une heure de bonne grosse nausée, le steak haché ne devait pas être frais. C’est que pour lui M83, c’est juste un truc entre du mauvais shoegaze et de l’électro bourrin, qui parfois a même l’hostile idée de nous rappeler aux mauvais souvenirs de Queen. Là où ils sont tous les deux d’accords, c’est de dire que ce soir là M83 surjouait. Ils ont peut-être pris du plaisir mais n’en on pas donné beaucoup au public. Allez, on n’en parle plus.

Wild Nothing 7.8/10 – Une excellente surprise de ce festival. Sur album, on avait accroché à la première écoute à leur dream pop à guitares. Et les p’tits gars ont bien transformé l’essai. En début de soirée, ce « Real Estate meets The Cure » passait tout seul.

The Walkmen 8.6/10 – C’en est presque fatiguant de se répéter mais ces gars ont une classe hors du commun, un talent hors-du commun et une solide collection de morceaux hors-du-commun, bien ré-achalandée avec leur dernier album Heaven. Une heure de concert parfaitement balancée entre tubes indie-rocks et balades touchantes. Ces crooners semblent venus d’un autre temps mais font pourtant bien partie des groupes qui marqueront leur génération.

Fuck Buttons 8.1/10 - Un concert de Fuck Buttons, c’est une heure où le duo se fait face, séparé par leur immense table aux mille (enculés de) boutons. Sur le plan visuel, et même si on adore leur énorme boule à facette, vous conviendrez qu’on a connu plus captivant… Reste donc leur musique barrée et leur son surpuissant prenant aux tripes. Ils ont balancés leurs tubes et nous ont dévoilé un nouveau morceau qui s’annonce énorme. Sans être intemporel, c’est tellement efficace que ça reste le seul set électronique qu’un fan de guitares peut se taper de bout en bout sans se faire chier.

Animal Collective 6.3/10 – On commence à les connaître… Animal Collective s’amuse en live à surprendre son public en proposant des sets où de longues séquences obscures s’entremêlent à leurs futurs morceaux qu’ils testent et ça et là, un de leur tube, histoire que les gens restent. Alors que leurs albums sont difficiles d’accès mais regorgent de génie quand on prend la peine de s’y attarder, le bât blesse clairement en live puisqu’on n’a droit qu’à un seul shot.

Cloud Nothings 7.0/10 – Si on adoré les parties instrumentales, on trouvait le chant un peu en dessous. Ca manquait de justesse. La nonchalance c’est cool comme état d’esprit mais ça ne s’applique pas en toutes circonstances. Ceci étant, Wasted Days (bien meilleure version que celle jouée à La Chocolaterie) et No Future/No Past sont toujours des bombinettes. Du bon grunge qui va droit là où ça va bien. Mention « pas bien » aux organisateurs qui les ont fait joué bien trop tôt dans la soirée, c’était un peu « wrong place, wrong time ».

Liars 7.9/10 - Auréolé de leur très bon dernier album WIXIW où il se réinvente pour la sixième fois en autant de LP, les Liars étaient attendus au tournant. Cet album, clairement plus électronique que ses prédécesseurs, est surtout intéressant pour ces morceaux ambiants à l’atmosphère glaciale et inquiétante. Ce soir là, ils ont pourtant choisi d’en extraire les morceaux les plus rentre-dedans, ou d’en revisiter d’autres en version plus noise. Quand vous ajoutez à ça un énorme Broken Witch en clôture de set qui a tout retourné, l’addition est bien tassée. Ce n’est pas ce qu’on attendait mais c’était foutrement bon. Surprenant, comme toujours.

Grizzly Bear 9.3/10 – LE concert parfait pour clôturer notre festival. Bien plus convainquant que lors de leur tournée Veckatimest. Calme, beau, propre et bien foutu. Ils ont fait mouche. A l’écoute des  Speak in Rounds, Yet Again, Gun-Shy, While You Wait For The Others, Knife, Two Weeks, Sleeping Ute, on réalise qu’ils ont maintenant une discographie débordant de morceaux intemporels. Tubes sur tubes à l’interprétation sans faille, c’était du tout grand art. Et comment oublier ce Sun In Your Eyes pour se dire au revoir ?  On en a encore la chaire de poule au moment d’écrire ses lignes.

Quelques brèves de comptoir, on y était souvent, pour en finir : on a vu Sébastien Tellier et on ne sait pas quoi en penser, mais c’est pas grave. On a tendu une oreille aux Chromatics qu’on trouvait moins emballant qu’au Primavera. Dommage. Purity Rings mériterait peut-être le détour. Jon Talabot mérite assurément le détour. On a tapé du pied sur Breton, sorte de Foals du Aldi mais on en restera probablement là.

Voilà, probablement à l’an prochain Pitchfork. On espère en mode un poil plus rock’n’roll cette fois !

The Walkmen – Heaven

Des semaines, des mois, que j’écoute cet album avec insistance. Aux premières écoutes, le coup de foudre était si intense que j’y voyais un classique, un digne successeur du Boxer des National. Rien de moins. Avec le temps, je serai plus mesuré mais quand même convaincu que ce (très) beau vinyl n’est pas prêt de prendre la poussière.

Ce Heaven est un condensé du meilleur de leur musique. Que les morceaux soient enlevés et teintés de post-punk, qu’ils soient plus aériens, romantiques ou qu’ils s’agissent de balades extrêmement dépouillées, les compositions brillent par leur qualité et  leur justesse. Vous ajoutez à cela une interprétation magistrale, entre la voix envoûtante de Hamilton Leithauser et le son unique de la guitare de Paul Maroon à l’écho reconnaissable entre mille et vous ne saurez plus qu’écouter tant l’offre est impressionnante. C’est un album d’une grande classe et incontestablement un des musts de l’année.

On serait naïf que l’on dirait qu’Heaven sera inévitablement l’album de la consécration pour les Walkmen. Plus lisse, plus riche et plus étoffé que ces prédécesseurs, il a en plus la touche d’accessibilité qui devrait le transformer en classique. Cette touche qui décevra peut-être légèrement les fans de la première heure. Mais que ceux-ci se rassurent, ça fait une décennie que le grand public les boude sans raison (‘The Rat, un des meilleurs morceaux des dix dernières années datent de 2004 déjà), je doute que cela change aujourd’hui. Les meilleurs secrets sont parfois très, très bien gardés.

We Can’t Be Beat

The Love You Love

Le live à la Route du Rock

 

 

Primavera Sound 2012 @ Barcelone

Comme chaque année, Barcelone accueillait la semaine dernière la crème de la crème de la musique indie-pop-rock-électro. Un condensé de ce qu’on a plutôt bien aimé durant l’année écoulée (et le reste…), et ça tombe bien !

On enfoncerait bien le clou juste pour le plaisir: le Primavera Sound, c’est l’événement incontournable pour tous les amoureux de musique et de fiesta que nous sommes. Une programmation en béton, un son parfait malgré que tout soit en plein air, du soleil, de la mer, un site bien foutu (à part peut-être la trop proche proximité entre les scènes Pitchfork et Vice, toutes les deux à front de mer), on ne fait jamais la file comme quand tu passes de la Main Stage à la Marquee au Pukkelpop, un public connaisseur et pas de jeunes pré-ados chiants, de la bouffe de festival vraiment correcte, etc. Le pied, quoi.

Seul point noir, comme l’année passée : le bar. En 2012, adieu la carte qui avait tant fait parler d’elle, bienvenue au cash. Belle idée. Sauf que derrière le bar, ces messieurs dames n’ont toujours pas compris comment on s’y prend pour servir des bières de manière efficace : ils font mille aller-retours, se marchent dessus et perdent beaucoup de temps. Et ils annoncent sur les tarifs des 33cl qui, en réalité, ne font que 25cl. Le prix de 3€, lui, reste par contre inchangé. Gabi (Mr. Primavera) m’a promis via Twitter qu’il allait checker… On attend toujours… Mais là n’est pas le principal, évidemment. Le reste est grand. Très grand.

Day 0 : Arc de Triomphe

Avant même que le «vrai» festival ne commence sur le-dit «Parc del Forùm», l’organisation avait prévu un petit apéritif : un concert gratuit dans le centre-ville sur l’esplanade de l’Arc de Triomphe. Sous un soleil de plomb et au beau milieu des palmiers, on a pu assister aux prestations des Wedding Presents, des Walkmen venus présenter «Heaven», leur nouvel album et, finalement, des Black Lips, visiblement bons copains du Primavera. Pour la musique en elle-même, pas évident de vous faire une review en bonne et due forme: comme tout concert gratuit, le public n’en avait que foutre de ce qui se passait devant. Ca causait tout le temps (vous pouvez en juger sur les vidéos ci-dessous), on était loin. Et puis on devait se remettre de nos émotions (Ryanair : never again !) et s’acclimater aux boissons locales. Bref, on se souviendra s’être un peu emmerdés pendant les Wedding Present, avoir crié sur «The Rat», avoir tapé du pied pendant tout le set des Black Lips, mais c’est à peu près tout. Cela dit, pour un concert gratuit, l’affiche était plutôt alléchante. L’une ou l’autre canettes pour la route et au lit.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=2uvjQslHPP8[/youtube]

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=y3OMbx35F8I[/youtube]

Day 1

Black Lips

Alors que les files pour choper son bracelet se forment à l’entrée du Parc del Forùm, les Black Lips -qui n’ont visiblement pas trop dormi/dessaoulé depuis la veille- grimpent sur le toit d’un bus Red Bull installé devant l’entrée du festival et nous livrent un set «best of» express mais ultra jouissif. Complètement tarés, la bande semble prendre autant de plaisir que nous et nous balade dans ses « vieux » titres comme dans ses nouveaux. Cole Alexander devra tout de même s’y reprendre à deux fois pour réussir à vider entièrement sa vessie du haut de son perchoir (rock’n’roll rules !).

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=c2pH2wbzl1Y[/youtube]

Baxter Dury 

Les festivités commencent avec Baxter Dury qui ouvre la grande scène (la San Miguel, sponsor oblige…). Et pour un premier show, ça envoie du lourd. À l’image de l’homme et de son album «Happy Soup», on assiste à un concert propre et plutôt classieux. En live, «Happy Soup» se révèle encore plus comme étant un album à tubes. «Claire», «Isabel» et autres «Happy Soup» fonctionnent du tonnerre. On se rend compte à quel point la présence de la (très jolie) choriste / claviériste est importante pour le groupe. Ca va fort. La basse prend aux tripes. Sous le soleil de fin d’après-midi et une bière fraîche en mains, on ne pouvait espérer mieux. On regrettera cependant le côté légèrement hautain et suffisant du gaillard, ses blagues toutes pourries et ce côté «attendu» du concert. Un brin de folie ou de «sorties de route» apporteraient probablement davantage d’intérêt.

Grimes

À 20h30 à Barcelone, il est déjà l’heure de danser avec Grimes qui monte sur la scène Pitchfork. J’avais déjà pas mal accroché à leur album «Visions», mélange d’électro minimaliste, de voix féminines éthérées et de pop dansante. Et je dois bien avouer que leur prestation déjantée m’a complètement scotché. Claire Boucher semble impressionnée par la foule venue en masse applaudir Grimes. Tout de suite, elle précise qu’elle n’a jamais joué devant autant de monde. Plutôt habituée à des petits clubs bien sombres, jouer face à la mer sous un soleil légèrement déclinant n’a en rien altéré la qualité. «Circumambient», «Oblivion», «Be a Body» et le reste font bien bouger le public conquis. Je retournerais volontiers les voir. Juste une question: la fille plutôt bien foutue à la culotte rouge qui faisait la roue sur scène, c’était prévu dans le show ou pas ?

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=-dGGKxdkMRg[/youtube]

Death Cab for Cutie

Longue transhumance jusqu’à l’autre extrémité du festival pour assister au concert de Death Cab for Cutie sur la scène Mini (pas si mini que ça, elle parait bien plus grande que la San Miguel, d’ailleurs). Assez étonnant, je m’attendais à entendre leur dernier album «Codes and Keys» en long et en large. Mais on entendra qu’une ou deux chansons seulement, dont «Doors Unlocked and Open». Et j’ai l’air con parce que que n’avais pas révisé mes classiques. Tout ce que je peux dire, c’est que c’était vraiment excellent musicalement parlant, à l’image «The New Year» qui reste une putain de bonne chanson. La voix de Ben Gibbards est fabuleuse et fabuleusement juste, les harmonies sont superbes. Bon, parfois, j’ai un peu l’impression qu’ils tournent en rond et que les titres se ressemblent tous. Mais c’est bien, donc on ne va pas tergiverser.

Beirut

On change complètement d’ambiance mais pas de scène. Beirut débarque sur la Mini et impose son monde si caractéristique: harmonicas, accordéons et mélodies qui restent en tête. Même si parfois on à l’impression d’être autour d’un feu au beau milieu d’un camp de Roms, j’ai eu des tas de frissons. Sur «Santa Fe» ou «Nantes» notamment, joliment repris en choeur par un public limite hystérique. Zach Condon et sa bande m’ont agréablement surpris. C’était la fête, sur la Mini. Si bien que le concert m’a même paru beaucoup trop court.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=1A_tdaVkr3A[/youtube]

The xx 

J’avais du mal à imaginer The xx sur une belle grande scène de festival. Mais pourtant, Jamie et sa comparse ont bien réussi à retourner la Mini (encore !). Les Anglais nous ont fait peu à peu découvrir leur album à paraître dont un titre instrumental kilométrique avec une ligne de guitare plutôt bien torchée. Ca méritera clairement le détour, tiens. Pour le reste, ils ont évidemment livré leur recette miracle avec le meilleur de «xx», leur album de 2009 (déjà !): «VCR», une version down-tempo sublime de «Crystalised», «Night Time» à la basse qui prend au bide et autres «Stars» que je n’imaginais pas aussi burnés. Light show aveuglant, basse parfaite omniprésente et bien prenante, ils nous en ont foutu plein les yeux et les oreilles. Et même si la théorie veut qu’on reste bien sages sur ce type de musique minimaliste, la réalité est tout autre: j’ai vu plusieurs milliers de personnes sauter sur The xx. Hé ouais ! Un très grand moment, vraiment.

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Franz Ferdinand

On ne va pas faire les snobs et bouder son plaisir: même si c’était couru d’avance, on a passé un moment excellent. Franz Ferdinand, on le sait, c’est une machine à tubes. Et en live, ça se sent, ça se vit, ça se saute. Une setlist bien riche faisant la part belle aux bons vieux titres. On a crié comme tout le monde sur «Tell her Tonight», jumpé comme tout le monde sur «Take Me Out», fait de la air guitar comme tout le monde sur «Jacqueline» et de la «air drums» sur «Dark of the Matinee» comme tout le monde et, finalement, comme tout le monde, on a beuglé sur «This Fire». Parce que ouais, le fire, ils l’ont bien mis sur la San Miguel. J’avais l’impression d’être une groupie. D’être un bête fan. J’ai sauté, j’ai crié. J’en ai rien à branler, j’ai adoré. En espérant que ce soit aussi chouette à Dour.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=42a0xqu9pLw[/youtube]

The Field

3h30, dernière étape de la journée: The Field sur la Pitchfork. Je ne connaissais pas du tout. Mais dans l’état dans lequel nous étions, on a bien apprécié cette électro minimaliste venue d’on-ne-sait pas trop où. Reste plus qu’à se pencher sur leur album.

Métro – canettes – dodo en se disant qu’on a raté plein de trucs mais que, comme chaque fois en festival, il faut faire des choix. Voici un bref aperçu des choses qu’on aurait bien été voir ce jeudi mais qu’on n’a pas eu l’occasion: Archers of Loaf – Iceage – Afghan Whigs – Thee Oh Sees – Wilco – Refused – Spiritualized – Japandroids.

Day 2

Other Lives

Début de journée en douceur en compagnie des folkeux d’Other Lives sur la San Miguel. J’ai été plus qu’impressionné par la qualité des musicos: il n’est pas rare que sur un seul et même titre, chaque musicien joue de cinq instruments différents (par contre incapable de vous citer tous ces instruments venus d’un autre temps). Les chevelus nous emmènent littéralement dans un monde bien à eux avec, à nouveau, un son parfait et bien fort. Tout l’excellent album «Tamer Animals» se révèle encore meilleur sur scène (même sur une énorme comme celle-là): plus chaud, plus naturel, plus beau. Certaines voix ressortent davantage et on a l’impression de découvrir certaines sonorités. Rien à faire: «Tamer Animals», «As I Lay my Head Down» et «For 12» sont de véritables tueries exécutées dans un silence quasi religieux. J’en ai eu des frissons à plusieurs moments et ce n’était pas à cause de la température. Mon seul regret ? Ne pas avoir été à la Rotonde il y a quelques mois.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=z3aV25Nm9hA[/youtube]

I Break Horses

Seul concert auquel j’ai assisté cette année sur la scène ATP et seul réel regret du festival. J’avais pourtant vachement bien accroché à l’album «Hearts», ses sonorités un peu introverties parfois shoegaze et à la voix aérienne envoûtante. Mais là, la sauce n’a pas pris. Même des chouettes titres comme «Winter Beats» ou «Wired» ne m’ont pas émoustillé. Bref, pour paraphraser un pote: «On s’est fait chier colère» (d’autant plus que pour une fois, le son était bien moins bien chosé). À revoir dans une petite salle ?

The Cure

Le vendredi, le Parc del Forùm était rempli de fans de Cure… que nous ne sommes pas vraiment. Alors par curiosité, on a quand même été pointer le bout du nez à la San Miguel. C’était bourré massacre et le public donnait de la voix. Nous, on a juste chantonné sur «Lovesong» et sur «In between days» mais c’est tout. Un peu, ça passe et c’est même agréable, mais on en a vite eu marre. Et donc on n’a pas tenu les 36 (36 !!!) titres que comportaient le set. Et franchement, Robert… le maquillage et les cheveux en pétard, il faut arrêter maintenant.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=cGAd1BUrhxo[/youtube]

Wavves

Exit The Cure donc, mais on n’a pas glandé pour autant. Direction la Mini pour Wavves. Je n’en garde pas un souvenir impérissable. C’était relativement brouillon, aucune idée de si c’était fait exprès ou pas. Mais ils ont bien balancé quelques bons titres de «King of the Beach» et c’était finalement très sympa du coin du bar. En bonus, on a quand même eu droit à une cover de Sonic Youth. Allez, la soirée n’est pas perdue !

M83

Etonnamment, le concert d’M83 a peut-être été celui que j’ai le plus apprécié. Dès «Intro», j’ai été emporté par ce gros son de clavier qui prend bien aux tripes et la voix qui vient d’on-ne-sait-pas-trop-où d’Anthony Gonzalez, visiblement très ému d’être repris en choeur par un public survolté. Pendant ce (trop) court concert, la Mini s’est transformée en véritable boîte de nuit. Pas de titres calmes, beats et basse à fond: juste de l’électro-pop bien lourde pour danser sans temps morts. J’ai retrouvé ce sentiment de plaisir coupable comme je le décrivais dans la chronique de l’album «Hurry Up, We’re Dreaming»: comme les milliers d’ados que nous étions devant la scène, j’ai perdu ma voix sur les «hé hé / oh oh» de «Reunion» et «Steve McQueen». Et perdu mes jambes en sautant sur ce terrible single de «Midnight City». C’était bref mais d’une intensité dingue.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=dAd65HvzVQg[/youtube]

Retour appart en se disant qu’encore une fois, on a raté plein de trucs. Aujourd’hui, c’était Girls – Lower Dens – The Drums – The Men – Obits – Aeroplane.

Et pour ceux qui s’étonneraient du peu de concerts vus ce jour-là, sachez que la San Miguel bien fraîche passe tout doux, que le Jagermeister, c’est (vraiment) pas bon et qu’ils mettent des icebergs dans le gin tonic. Notez au passage qu’à 21h30, un collègue s’étonnait du fait qu’il fasse «déjà clair» alors que la nuit n’était pas encore tombée. Voilà pour les anecdotes… c’est ça aussi le Primavera !

Day 3

Troisième et dernier jour pour notre escapade barcelonaise. Nos jambes, nos oreilles et nos foies sont déjà bien usés, mais on en veut encore. Ca tombe bien, il en reste !

Sharon Van Etten

J’avais adoré «Tramp», j’avais bien aimé son passage à l’AB Club il y a quelques jours. Mais il y a décidément des artistes qu’il vaut mieux voir dans une petite salle sombre que sur une énorme scène en plein cagnard. Sharon Van Etten fait indéniablement partie de ceux-là. Les blancs entre les titres sont interminables. C’est lent, c’est mou et c’est dommage tant c’est bon. Même ses petites blagues ne semblent pas intéresser le public qui s’emmerde sévère. On aimerait plaider sa cause, ses tubes «Don’t do it», «Give Out» et «Serpents» sont fabuleux. Mais ça ne fonctionne pas. Pas cette fois-ci. Pas ici.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=YrH32FjqFmE[/youtube]

Veronica Falls

On le savait, l’album de Veronica Falls est tout frais, pétillant et sautillant. En live, ça donne plus ou moins la même chose, on s’en était rendu compte il y a quelques semaines à l’AB. Sur la Mini, c’était tout pareil mais en plus brut: riffs rapides, batterie percutante et ce mélange de voix caractéristique de Veronica Falls. Je retiendrai particulièrement «The Fountain» et ses choeurs extra, «Found Love in a Graveyard» et, évidemment, «Come on Over». Même si le son me paraissait parfois un peu foireux, il faut reconnaître que c’est extrêmement bien foutu.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=McI0E43Eib8[/youtube]

Atlas Sound

Retour sur la scène Pitchfork pour aller dire bonjour à ce bon vieux Bradford Cox. Et là, il faut bien avouer qu’on a l’impression qu’il s’est joliment foutu de notre gueule. Il apparaît sur scène simplement muni de sa voix, de son harmonica et de sa guitare, et c’est parti pour des loops qu’il fabrique sous nos yeux. C’est musicalement et techniquement impressionnant. Mais complètement chiant ! Impossible de se focaliser sur sa voix, pas évident de reconnaître ce qu’il joue… surtout quand son câble flanche et que le son se barre. Non, sans déc’, on s’attendait à revivre un bazar comme avec Deerhunter l’année passée. C’était juste décevant. Ou du moins, ce n’était pas ce à quoi nous nous attendions. Et dire que Girls Names était sur la Vice, à 20 mètres de là. Pfff.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=2xbBGeTPIeA[/youtube]

Beach House

Dernier passage -et pas des moindres !- à la Mini pour Beach House qui grimpe sur scène juste quand le soleil commence à se coucher. Même loin de la scène vautré sur le béton chaud, j’ai pu apprécier un set hypra bien foutu oscillant entre le nouvel album Bloom («Wild», «Myth») et Teen Dream, la valeur sûre («Zebra», «10 Mile Stereo»). Ces longues complaintes chargées d’émotion ont fait mouche. Ca sentait la weed à crever, c’était pas moi, mais rien que la musique faisait le même effet: j’étais bien. Ca valait son pesant de chorizo même si j’étais trop crevé que pour apprécier à sa juste valeur. On me souffle dans l’oreillette qu’ils sont de passage à l’AB en novembre prochain…

Chromatics

À cette heure-là, c’est exactement ce dont on avait besoin. De l’électro, synth-pop toute classieuse. J’ai laissé sur la Pitchfork le peu d’énergie qu’il me restait. On savait que «Kill for Love» est un excellent album riche comme tout. Et sur scène, ça le fait. Ils ont juste balancé leurs sons les plus dansants («Kill for Love», «Back from the Grave» ou encore «Lady») en laissant sur le côté les petites perles intimistes (je regrette l’absence de «Candy»). Mais on se consolera avec la présence d’ «Into the Black», reprise de Hey Hey, My My de Neil Young ainsi que de celle, plus inattendue, de «Running Up that Hill» de Kate Bush. C’était fameux. Et eux aussi j’aimerais vraiment les revoir.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=V-Js8Dw4BMs[/youtube]

Nos corps nous lâchant peu à peu, il a fallu revoir nos plans. On a assisté de très loin au set des Weeknd. Trop loin que pour pouvoir en dire quoi que ce soit. Et on regrette de ne pas avoir eu assez d’énergie que pour danser toute la nuit sur Justice. C’est pas trop mon style à la base, mais ça avait l’air vraiment chouette. On s’endormait. L’alcool, la fatigue et la musique faisaient leurs effets. Il ne restait plus qu’à aller s’endormir dans le métro en se disant, encore une fois, qu’on a raté plein de trucs: Hanni el Khatib – Shellac – DJ Coco – Real Estate – Girls Names – Yo La Tengo.

Le retour à la réalité est pénible. Le Primavera reste indéniablement le meilleur endroit sur Terre. On a un an pour s’en remettre. Vivement l’année prochaine !

Deux nouveaux titres des Walkmen

Faudra attendre début juin pour entendre Heaven, le nouvel album des Walkmen. Mais en moins d’une semaine, c’est tout de même deux – très bons – titres qui ont déjà filtrés. Ca s’annonce bien les enfants.

Heaven:

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=b8yDtfGl30s&feature=related[/youtube]

Heartbreaker (c’est un radio rip de la BBC mais ça vaut le détour):

Primavera Sound 2011

Comme tous les ans à la fin mai, le Primavera rassemble en 3 jours à Barcelone tout ce que le petit monde de l’indie a adulé au long de l’année écoulée. On ne reviendra pas longuement sur ce qui a déjà été dit et répété à maintes reprises mais on va quand même enfoncer le clou juste pour se faire plaisir : le Primavera est LE festival de l’année qui tant par son affiche que par son cadre (un « parc » géant de béton en bordure de mer) joue tout simplement en hors-catégorie. Et c’est au vu de cela que l’on ne s’explique toujours pas comment une telle organisation, celle-là même qui est capable de faire jouer plus de 200 groupes en 3 jours sur des scènes splendides, au son incroyablement impeccable, dans un cadre idyllique, est incapable d’organiser la gestion de l’entrée sur le site et des bars. Certains malheureux ont du probablement faire la file plus de trois heures le jeudi avant d’entrer sur le site pour constater que seulement 2 bars fonctionnaient sur la bonne dizaine d’estaminets présents… Le festival ayant décidé de jouer les geeks et d’imaginer un bien superflu système de paiement par carte. L’idée, déjà assez conne à la base ceci dit en passant, est devenue la cause d’un joli bordel quand il s’est avéré que rien ne fonctionnait ou presque. Ce n’est qu’après quatre heures durant lesquelles obtenir une bière était mission quasi impossible que les bars ont enfin ouverts leur bonnes vieilles caisses de cash (et qu’un IT Manager s’est probablement pendu par la même occasion). Tout est plus ou moins rentré dans l’ordre par la suite mais on déplorera tout de même la communication très sommaire de la part du staff ainsi que des bars fonctionnant en mode très « free style » durant les trois jours. La perfection n’est donc définitivement pas de ce monde.

Une fois passé cet écueil, il reste à s’incliner devant la richesse de ce qu’il nous a été donné à entendre lors de ces 3 jours d’orgie musicale. En festival, les corps sont toujours soumis à rudes épreuves, le soleil, les bières, les kilomètres, le son, ça vous use un festivalier. Il est donc fréquent que le planning savamment mis en place des jours à l’avance se réduise à bien peu de chose le jour (ou la nuit) avançant. C’est nettement moins le cas ici, l’affiche est telle que l’on ne s’octroie que peu de repos. On a assisté à plus de 20 concerts en 3 jours et malgré cela nous n’avons pas été voir Sufjan Stevens, Explosions In The Sky, Ty Segall, Male Bonding, Low, Caribou, Shellac, Twin Shadow, Kurt Ville, The Soft Moon, Holy Ghost!, Suuns, Mercury Rev, Swans, Shellac, The Black Angels, Gang Gang Dance et Belle & Sebastian pour ne citer que ceux que l’on aurait été voir bien volontiers…  Passons donc en revue ceux que l’on a vus et souvent fort appréciés.

Day 1

Toundra

17h le jeudi, premier concert et première claque du festival sur la splendide scène Pitchfork : un immense panneau solaire à votre gauche, la mer à votre droite, un son (trop) puissant mais parfait. Toundra est un groupe madrilène qui nous envoie un intense  post-rock instrumental souvent aux frontières du post-métal. Mais ils savent aussi nous faire des morceaux plus délicats, très proche du dernier Mogwai. Quelques locaux de l’étape réagissent dès les premières notes aux morceaux les plus rentre-dedans.  Quant à nous, on découvre et trouve que c’est plus que bien foutu. On est même franchement étonné d’avoir à en découdre avec un groupe d’une  telle qualité d’entrée de jeu. Leur dernier album est en écoute sur leur Bandcamp et on vous le conseille chaudement.

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Cults

Sur album, cette pop proche de Metric pour la voix et les rythmes enjoués fonctionne plutôt bien. Sur scène, c’est tout de suite moins réussi. La voix de Madeline Follin à tendance à partir en vrille. C’est pas trop juste, elle s’époumone dans son micro mais le public de la scène ATP s’en contrefout. Il faut quand même avouer avoir tapé du pied sur « Abducted », très chouette morceau pop accompagné de son xylophone. C’est bien foutu, c’est sympa, une bière arrive. La journée peut enfin commencer.

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Of Montreal

En arrivant derrière la grande scène, la San Miguel, on avait bien remarqué les ballons colorés et les déguisements aux poitrines féminines plutôt opulentes. Raté, ce n’était pas pour les Flaming Lips. Bref, plus que pour la musique, c’est pour l’ambiance dégagée par Of Montreal que les gens se pressent devant la scène. Si vous voulez assister à un concert de mecs debout immobiles derrières leurs instruments, passez votre chemin. Of Montreal, c’est du cirque. Et ils prennent plaisir à être là. Spiderman quitte la scène pour laisser la place à une tribu de cochons, des femmes nues débarquent. Ils aiment les paillettes, les déguisements, le maquillage, les fleurs et les ballons. C’est joli, c’est coloré. Mais musicalement, même si c’est bien foutu, cette ambiance psychédélique baignée dans du gros son bien lourd, ça fout la nausée. Il faut partir de là, et vite.

The Fresh & Only’s

Tout logiquement plus lo-fi sur scène que sur album, les Fresh & Onlys ont livré un set d’une bonne densité mais cela souffrait d’un manque de relief. C’est évidemment toutes guitares dehors qu’ils passent en revue le bon Play It Strange. Et même s‘il recèle quelques pépites, on ne sent jamais venir l’étincelle qui les rendrait indispensables. On passe un bon moment mais cela manque de piquant.

Glasser

Changement d’ambiance toujours sur la scène Pitchfork. Ce n’est apparemment pas toujours le cas, mais Glasser s’est pointé au Primavera Sound en configuration duo. Une gonze (appellons-là « Florence ») et un mec (et lui « + the Machine »). Elle, plutôt mignonne, elle se contente de chanter sur des sonorités électro douces en se dandinant comme une dingue sur la scène. Lui, il chipote sur ses boutons. Dommage que les chœurs qui caractérisent tant Glasser ne soient que des voix préenregistrées. On a parfois l’impression d’assister à un grand playback. Mais l’ensemble reste très propre. Des titres comme « Mirrorage » fonctionnent plutôt bien. C’est net et agréable. D’autant plus que les bars sont –enfin !- tous ouverts.

The Walkmen

De ce concert des Walkmen, je retiendrai la classe d’Hamilton Leithauser au chant qui rappelle énormément Matt Berninger des National. Il est complètement habité par les morceaux qu’il transcende de son talent. Je retiendrai aussi ce groupe qui interprète avec une perfection de métronome un répertoire qui au fil des ans commence à surclasser solidement la concurrence. Je retiendrai « Angela Surf City » qui est probablement le tube le plus sous estimé de 2010. Je retiendrai enfin un « The Rat » sorti de nulle part en fin de set qui a complètement retourné la (toute grande) foule présente sur la scène Pitchfork. Les Walkmen ont livré un concert excellent de bout en bout. Sans aucun doute la meilleure surprise de ce festival me concernant.

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Interpol

A peine les Walkmen ont-ils terminé leur set qu’il faut filer vers la scène Llevant. Un bon kilomètre de marche dans une cohue indescriptible. On arrive pourtant à se hisser devant la tente des ingés son. Premier constat, ces mecs gèrent leur boulot. Malgré la taille de la scène, le fait que ce soit en plein air face à la mer, le son reste excellent. La basse prend aux tripes. C’est bon. Extrêmement bon. Et ça commence en force avec un « Success » carré et foutrement bien balancé pour une chanson d’ouverture. Même si Paul Banks a abandonné la coiffure à la mèche digne de tout groupe UK qui se respecte, on sent qu’on va s’en foutre plein les oreilles quand Interpol va puiser dans les excellentes vieilleries de « Turn on the bright lights » avec « Say Hello To The Angels » directement envoyé. Interpol a bien pigé que son public vient aussi pour les vieux titres. Ils vont surtout piocher dans les deux premiers albums en laissant relativement de côté « Our Love To Admire » pour notre plus grand plaisir. Même le dernier album en date ne fait pas pâle figure face aux « vieux » hits. « Lights » enflamme littéralement le public. La recette fonctionne toujours : une voix inimitable, des rythmes accrocheurs, une basse omniprésente, des riffs répétitifs, il en faut peu. Après une bonne heure et quart de concert, les oreilles bourdonnent. Alors qu’on croit que le concert est déjà fini, viennent les premiers accords et roulements de batterie de « Slow Hands ». La scène Llevant saute. C’est grand. Le show se termine sur « Obstacle 1″. Jouissance. Ce soir, c’est là qu’il fallait être. Et la nuit n’est pas finie.

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Flaming Lips

Mon histoire d’amour avec la bande à Wayne Coyne a commencé précisément sur la scène San Miguel (Estrella que l’on disait même en ces temps-là) il y a cinq ans quasi jours pour jours. A cette époque, je ne connaissais d’eux que le tout récent « At War With The Mystics » et je me souviens en avoir pris plein la vue et les oreilles pendant une heure et demi devant un public complètement hystérique. La bonne musique était au service de la fête. Depuis je n’ai pas pu faire autrement que de les découvrir sur albums et puis les voir et les revoir. Qu’en est-il cinq ans après ? Le sentiment est mitigé. Ils ont toujours cette faculté exceptionnelle de transformer leurs concerts en énorme fête où le groupe et le public communient gaiement. Et malgré le côté « grande foire » du bazar, leur interprétation est toujours un modèle de maîtrise. Mais au vu de leur discographie et de leur excellent dernier album, on était en droit d’attendre autre chose de leur part qu’un Xième concert best of.

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Day 2

Avi Buffalo

La journée ne pouvait que bien commencer. La pluie annoncée n’est qu’une vaste blague, les bars sont ouverts et l’argent mis sur nos cartes nous permettant de nous déshydrater nous a été restitué. Et pourtant tout a changé lors des premiers accords d’Avi Buffalo. Ils nous avaient séduit l’année passée. Leur premier album éponyme avait même trouvé une place de choix dans nos tops 2010. Loin de nos attentes, les Californiens nous ont fait l’honneur de présenter leur nouvel album à paraître. Autant le dire tout de suite, on ne risque probablement pas de l’écouter. Alors qu’on aimait le côté pop aux mélodies douces et à la voix fragile, ils ont lancé une purée limite inaudible. Non, décidément, tout le monde ne peut se revendiquer Flaming Lips. Le mec s’époumone avec sa voix efféminée,  balance des gros accords bien gras, trop lourds. Summum du ridicule, le solo tout droit sorti d’on ne sait pas trop où. Bref, ça ne colle pas à l’image qu’on s’était faite de ce groupe a priori fragile. Et on en rit. Du premier album, le public massé sur la San Miguel n’aura pu entendre que « Remember Last Time » et « What’s In It For ? ». Un peu maigre au beau milieu de cette cacophonie foireuse. Et dire qu’on a raté Surfjan Stevens pour « ça ».

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The Fiery Furnaces

Changement radical de style sur la Llevant avec The Fiery Furnaces. Il faut bien avouer que nous en étions resté aux albums « Blueberry Boat » sorti en 2004 et à « Bitter Tea » issu de 2006. Erreur de notre part, les titres plus récents fonctionnent vachement bien et donnent la pêche. La voix particulière d’Eleanor Friedberger et les changements de rythme incessants de son frère Matthew sont toujours au rendez-vous. Ce mélange indéfinissable de rock post-moderne, tantôt filant vers le pop, tantôt complètement à l’opposé. Avec The Fiery Furnaces, pas le temps de s’emmerder. Ca change de registre comme d’accord. C’est bouillonnant et sautillant. Ca fait plaisir. Malheureusement il fait beau et chaud. Comme dans tout festival, il y a des moment où le cœur lache. L’appel du bar se fait pressant.

The National

The National est-il le meilleur groupe du monde ? On les a vus dans le cadre très intime du dernier Crossing Border Festival à La Haye il y a quelque mois. Ils nous avaient littéralement mis sur les genoux avec un concert grandiose, mêlant essentiellement le meilleur de leurs derniers albums et se clôturant sur un Vanderly Crybaby Geeks interprété sans ampli faisant frissonner toute la salle. Classe. Cette fois-ci ils jouaient sur la scène Llevant, une (très) grande scène en plein air avec les buildings multiformes de la côte barcelonaise pour décor de fond. Une toute autre configuration donc ne leur permettant pas de rejouer la même carte et pourtant la setlist est quasi identique. Et ça fonctionne. La retenue bienvenue qui caractérisait le public hollandais s’est muée en un enthousiasme assez inattendu. Et très franchement, quand les refrains de Bloodbuzz Ohio, Mr November ou Terrible Love sont entonnés (pour ne pas écrire beuglés) par plus de dix milles festivaliers (sous influences diverses), c’est évidemment moins poétique comme tableau mais presque tout aussi frissonnant.

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Deerhunter

Dès les premières notes d’un « Desire Lines » joué d’entrée de jeu, on a compris que ce ne serait pas un show pour gonzesses. J’ai enfin pu en juger par moi-même. Je comprends les nombreuses personnes qui ont adulé leur récent passage au Botanique, on en parlait ici même. Alors que les excellentes chansons semblent proprettes sur album, Bradford Cox et sa bande balancent en live un set burné et surtout parfait. « Desire Lines » ou « Nothing Ever Happened » jouent la carte des prolongations sans jamais tomber dans l’excès. D’autres titres sont livrés boostés à la taurine, comme l’excellente « Memory Boy » ou « Helicopter ». Ca relève d’un talent certain. C’est grand. Géant, même.  On s’attendait à une claque, mais pas à une qui laisse une trace rouge aussi grosse sur la joue pendant si longtemps. C’était probablement le concert du jour. Un seul regret, les avoir raté au Bota.

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Pulp

Ne connaissant d’eux que le très bon « Different Class » et deux trois autres tubes assez convaincants mais n’ayant absolument plus l’envie de courir à travers le site pour être à une distance respectable, je n’ai assisté qu’à la dernière demi-heure du set de Pulp. Et fort loin dans la toute grande foule encore bien. J’y ai vécu l’hystérie collective sur « Common People » (j’y étais!) et vu un Jarvis en rajoutant des tonnes. Cela ne retire rien à la qualité des morceaux de Pulp mais je vois chez lui une dose de prétention malvenue… Mais bon, cessons de jouer les sinistres et donnons leur rendez-vous à Dour pour un set complet ce coup-ci. Pour info, et c’est plutôt une bonne nouvelle, c’était quasi « Pulp play Different Class ».

Battles

Braxton s’en est allé et Battles se retrouve sans leur chanteur/bidouilleur/multi instrumentiste. Plutôt que de trouver une nouvelle perle rare, ils ont fait le choix d’ajouter des guests vocaux sur leur dernier album et de taper les pistes en live. Mouais… L’idée est franchement douteuse car au vu de la très bonne qualité des nouveaux morceaux, on peut franchement regretter qu’il manque cette quatrième roue indispensable au carrosse. L’autre choix de ne jouer que les morceaux du dernier « Gloss Drop » (aucune trace d’Atlas, Tonto ou Tras donc…) est à la limite de l’auto-sabotage. Vraiment dommage car au final on a quand même passé un très bon moment : pas loin de dix milles personnes qui dansent à 04h30 du matin sur du Battles, c’est beau. Mais on retiendra surtout que l’on est passé à côté de la montre en or.

Day 3

Yuck

C’est dans des moments comme ceux ci qu’on se rend compte qu’on est au Primavera. Les yeux à peine ouverts par un trop courte nuit, le premier riff crasseux de « Holing Out » nous remet en place. Le jeu de guitare est toujours aussi efficace, la basse soutenue s’accroche aux viscères. Ca fait du bien. Yuck enchaîne avec ce qui fait le succès de l’album, des titres pop « Shook Down » aux ballades « Suicide Policeman ». Le public chante et tape du pied. Le batteur aux cheveux qui prennent plein de place n’est plus le seul à prendre du plaisir. Daniel Bloomberg, avec son look d’adolescent un rien mal dans sa peau semble beaucoup plus à l’aise sur cette scène ATP que dans l’ambiance intimiste de la Rotonde du Botanique. Un set agréable et parfait jusqu’à la dernière chanson. « Rubber », déjà très down-tempo sur album est ici interprétée en version slow motion dans une soupe de bruits. Plutôt inutile. Malgré ça, Yuck confirme ce qu’on disait déjà : même s’ils n’ont rien inventé, il faudra compter sur eux.

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Fleet Foxes

C’est souvent le problème des festivals. On fait jouer en plein air sur une scène énorme des groupes qu’on verrait plutôt dans une salle sombre et minuscule. On peut avouer qu’avec Fleet Foxes, on s’est un peu foutu le doigt dans l’œil. Même si leur second album, « Helplessness Blues » ne nous a pas convaincu sur la longueur, en concert c’est bien différent. Les folkeux ont sorti clavecins et autres guitares acoustiques juste pour filer la chair de poule au public venu en masse devant la San Miguel. Là encore, chapeau aux ingés son. C’était net. Aussi net que ces harmonies et la voix de Robin Pecknold. Pas une seule fausse note, pas un seul écart. Des mecs sympas en plus. Et même s’ils n’ont pas fait « Montezuma », on se consolera en se disant qu’on a eu droit à un splendide « The Shrine / An Argument » et à un « Mykonos » qui restera, quoi qu’il arrive, un putain de morceau.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=0Tgk3qz4tx4[/youtube]

Gonjasufi

Les gars ? Et si on faisait n’importe quoi aujourd’hui, tiens, juste pour déconner ? Oh, une batterie ! Et si on jouait n’importe quoi à la batterie aujourd’hui, tiens, juste pour déconner ? Oh, un backstage ! Trop cool les gars. Et si on allait voir ce qu’il s’y passe, tiens, juste pour déconner ? Oh, un micro ! Et si on beuglait dedans, tiens, comme ça ! On nous avait prévenu mais quand même. Ceux-là même qui ont  pondu un des albums les plus surprenants de 2010, adulé par beaucoup, ne sont rien d’autres que des Jean Foutre de première. Hors-catégorie même. The drugs don’t work.

PJ Harvey

Un autre moment fort du festival. On a adoré « Let England Shake » et disons-le tout de suite, en live ça chatouille partout. Une heure trente d’un voyage dans le monde particulier de PJ, ça ne peut laisser indifférent. Guidés par une reine tout de blanc vêtue portant une couronne de plumes (pourquoi pas ?), nous voilà en route pour son dernier album, mais pas seulement. Si nous, nous avons adoré, ceux qui connaissaient l’œuvre de l’Anglaise ont juste dû jouir. La setlist est impressionnante. Sur scène, PJ est à l’écart du groupe. Seule à gauche de la scène, elle joue de sa petite harpe, l’échange volontiers contre une guitare de temps en temps. Les autres musiciens se retrouvent en demi-cercle sur la partie droite de la scène. Mick, la figure de l’Anglais classique, reste impassible derrière ses guitares, sa basse ou son piano. Mais il accompagne à merveille Polly Jean. On retiendra surtout cette voix. Une voix puissante et toujours juste. « On Battleship Hill » nous convainc une fois de plus que c’est du lourd. Du très très lourd. Le public est conquis. Même dans les moments les plus calmes, on n’entend pas un bruit. Et c’est rempli d’étoiles dans les yeux qu’il faut déjà filer à l’autre bout du festival.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=44aEktyFSIs[/youtube]

Mogwai

Trois jours de festival, ça use. C’est donc les pieds et les jambes en compote, les oreilles sifflantes et le bide rempli de bière qu’on se hisse tant bien que mal sur la Llevant. Malgré cet état second, impossible de s’asseoir ou de se mettre à l’écart. Les premiers accords de « White Noise » nous mettent directement dans l’ambiance. Ca va fort, très fort. C’est intense. Une bonne partie de l’excellent « Hardcore Will Never Die, But You Will » est joué, dont l’excellent « San Pedro » qui ne me laisse pas de marbre. Actualité sportive oblige, le batteur arbore fièrement un maillot du Barça, fraîchement vainqueur de la Champion’s League. Les gars parlent football entre les chansons. Des chansons qu’ils enchaînent en prenant un malin plaisir à jouer avec nos oreilles meurtries. Ca hoche de la tête, ça sautille. Je souffre. Moment plus calme, on passe de la fête au recueillement, ils dédient un titre à Gil Scott-Heron dont on a appris le décès dans la journée. Mogwai, vous avez gagné, je reviendrai vous voir à Dour. Et cette fois, je m’arrangerai pour être en forme pour pouvoir vous apprécier à votre juste valeur.

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Animal Collective

Animal Collective est indéniablement un des groupes, voire le groupe, qui restera le plus marquant de ces quinze dernières années. Leurs nombreux excellents albums sont tous indispensables. Et c’est donc fort logiquement qu’ils ont les honneurs de clôturer la main stage de ce Primavera. Mais après les avoir entre-aperçus deux fois en festival et m’avoir laissé sur le bord du chemin de leur délire collectif, cette troisième tentative sera la dernière. Deux nouveaux morceaux crevants d’entrée de jeu (enfin deux… y en a-t-il eu un ? y en a-t-il eu trois ? difficile à dire) suivi d’un massacre du splendide « Did You See The Words » (un des morceaux que je chéris le plus) et la messe est déjà dite. Ces gens sont tout simplement incapables de rendre en live ne fût-ce qu’un centième de l’intérêt de leurs chefs d’œuvres sur album. Et que l’on ne vienne pas me parler de génie que je ne comprendrais pas. C’est juste inaudible, complètement mal balancé, irritant et indigne du génie de leurs compositions.

Le mot de la fin reviendra à Bradford Cox en clôture du set de Deerhunter : « It’s the best music festival. In the world ». That’s it. On n’aurait pas dit mieux. A l’année prochaine, Barcelone.

Bousval & Adrien