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Dour 2011

Dour, c’est plein de scènes, plein de groupes, mais surtout plein de jours. Il a donc bien fallu faire un choix. Finalement, le vendredi semblait incontournable pour les amateurs de guitares. Et le jeudi s’avérait utile pour se mettre en jambes pour le lendemain.

On passera sous silence l’organisation lamentable de l’arrivée en voiture. De la sortie de l’autoroute à l’entrée du parking, il nous aura fallu une bonne heure et demie.

Par contre on soulignera la réorganisation de la plaine du festival. Malgré un record d’affluence, il y avait de la place partout, tout le temps. Et surtout aux bars. C’est ce dernier élément qui jouera en notre défaveur: cette chronique ne ressemblera à rien, mais on vous avait prévenu. Dour, on n’y va pas que pour la musique.

Foals

Foals, c’est probablement le seul concert qu’on a vraiment regardé ce jour-là. Il faut bien l’admettre. Les Anglais ont littéralement mis le feu au Club Circuit Marquee. On les avait déjà vu quelques années auparavant sur la Last Arena. On les avait vu au Pukkelpop aussi. Et à chaque fois, c’est la même réaction: ils sont bien meilleurs en live que sur albums. Cette énergie débordante et ces rythmes soutenus ne peuvent m’empêcher de taper du pieds et bouger la tête. La journée est déjà bien avancée, le public averti adhère et saute comme un seul homme sur ce son clair et bien ficelé. Il n’aura fallu qu’un excellent « Spanish Sahara » pour mettre le public par terre. Ca commence par des frissons, ça termine en jumpant. C’est beau, c’est fort.

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Et c’est tout pour la journée du jeudi. Enfin, on a vu (du bar) plein d’autres choses. Channel Zero : je n’aime pas les gens fâchés, et il faut bien avouer que c’était relativement mauvais. La piètre qualité sonore y était peut-être pour beaucoup. Arsenal : on a préféré en rire. Cypress Hill : oui, on était là. Dans le fond. Près du bar. C’est tout ce dont je me souviens. Allez, non, j’avoue avoir réagi comme tout le monde sur « Insane in the brain ». I’m from Barcelona : déplacés à 1h du matin sur la Last Arena, on se demande toujours à quoi servent les 90% des gens présents sur scène. C’est pop. C’est gentil. Mais à vrai dire, ça ne laisse pas de souvenir impérissable. Après, on a été se terminer avec Laurent Garnier. Les gens aimaient. Nous on aimait les gens. Les gens nous aimaient et nous montraient des tas de choses rigolotes, comme un hélicoptère humain. Bref, le matin pointe le bout de son nez, il est temps de rentrer à la voiture pour en boire une dernière.

Dananananaykroyd

De grand matin, y’a pas à dire, ça réveille. Le son du Club Cirquit Marquee va fort. Très fort. Trop fort. Surtout quand une rangée d’enceintes se remet tout-à-coup à fonctionner quelques mètres seulement devant nos pauvres oreilles. Pour faire simple, Dananananaykroyd, c’est du grand n’importe quoi. Les deux chanteurs sont plus souvent dans le public que sur scène. Ils assurent le show. Musicalement, c’est impossible à classifier. Ca joue plutôt du côté rock hardcore. Mais en quand même un peu mélodieux. Aucune structure dans les titres. Bref, je n’aurais jamais dû aimer. Et pourtant, sans vraiment avoir entendu les albums en entier (j’avoue, je n’ai pas tenu), j’ai passé un excellent moment.

Mogwai

Depuis leur passage au Primavera, je m’étais promis d’aller les revoir. C’était donc la raison première de mon passage à Dour. Je dois bien avouer que la déception était au rendez-vous. Ce que j’avais aimé à Barcelone, c’est ce son fort, pur et parfait. Ici, c’était bien différent. Même si leurs titres restent plus qu’honnêtes et leur setlist respectable, je maintiens que les faire jouer sur la seule scène ouverte de Dour était une très, très mauvaise idée. Mais, selon Alex Stevens (programmateur de Dour), il s’agissait là d’une pure exigence de star: ils voulaient jouer avant Pulp, sur la même scène que Pulp. Dommage.

Pulp

A Barcelone justement, j’avais manqué la bande à Jarvis pour m’enfiler de la pizza et surtout reposer mes jambes. Grave erreur. Dès que les lasers se mettent en route, dès que les néons dessinant les lettres P U L P commencent à clignoter, on comprend qu’on va assister à quelque chose de gros. Ca commence fort avec un « Do you remember the first time ? » de derrière les fagots. Jarvis est là. Il saute partout. Il parle beaucoup entre les chansons. Taquine les rapeux. Et là où le concert de Mogwai décevait, celui de Pulp était tout simplement parfait. La voix était claire. Tout était audible. Comme quoi, en festival, c’est possible d’avoir du bon son. Il parait que les tourneurs de Radiohead étaient derrière les boutons. Coïncidence ? Sans un être un grand fan, Pulp a revisité tout ce que je connaissais d’eux: « Disco 2000″, « I Spy ». L’album « Different class » constitue la majorité de la setlist. Le public connaît. Le public chante et en reçoit plein la gueule. C’est jouissif. Un petit « Common People » pour terminer et les gens s’en vont, heureux.

 

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Vitalic

Un pita à l’ail à mille tickets et dix bières plus loin, c’était au tour de Vitalic de nous rassasier. Même si le dernier album de Vitalic est moins percutant que « OK Cowboy », en live, ça dépote sévère. Les basses prennent aux tripes. Et ça envoie du lourd, du très très lourd. On aura droit à plusieurs rappels dont l’incontournable « My friend Dario » qui reste toujours aussi entraînant. On s’agite, on perd les copains, on s’en fout. Un remix d’Amadou et Mariam version burnée nous fait sourire. Deux, quatre ou cinq rappels plus tard, on ne sait plus trop compter à cette heure-là, le Français semble s’arrêter en plein milieu d’un titre. On ne comprend pas très bien. Mais c’est fini. Et on a vraiment bien aimé. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Un débat a d’ailleurs été lancé cette nuit-là: les DJ’s sont-ils des artistes ? Ce à quoi on répondra que Vitalic n’est, de un, pas un DJ. Et de deux que si on apprécie, où le problème, bordel ?

Sinon, on a aussi passé un peu de temps devant Syd Matters en début de journée. Un peu de folk, un peu de calme, un peu de guitare, c’était parfait. Mais l’appel du bar et de ses filles aux chicons crus était beaucoup plus pressant. Et puis il y a des tas de choses qu’on aurait bien voulu voir mais que finalement on n’a pas vu. Toujours à cause des bars. Mais aussi à cause des horaires qui se chevauchent presque. Festival oblige.

Pour le samedi et le dimanche, il ne fallait plus compter sur moi. Deux jours à Dour, mon corps a mis une semaine à s’en remettre. De toute façon, il fallait partir avant que la plaine de la machine à feu devienne la piscine de la machine à feu. C’était un bon choix.

Primavera Sound 2011

Comme tous les ans à la fin mai, le Primavera rassemble en 3 jours à Barcelone tout ce que le petit monde de l’indie a adulé au long de l’année écoulée. On ne reviendra pas longuement sur ce qui a déjà été dit et répété à maintes reprises mais on va quand même enfoncer le clou juste pour se faire plaisir : le Primavera est LE festival de l’année qui tant par son affiche que par son cadre (un « parc » géant de béton en bordure de mer) joue tout simplement en hors-catégorie. Et c’est au vu de cela que l’on ne s’explique toujours pas comment une telle organisation, celle-là même qui est capable de faire jouer plus de 200 groupes en 3 jours sur des scènes splendides, au son incroyablement impeccable, dans un cadre idyllique, est incapable d’organiser la gestion de l’entrée sur le site et des bars. Certains malheureux ont du probablement faire la file plus de trois heures le jeudi avant d’entrer sur le site pour constater que seulement 2 bars fonctionnaient sur la bonne dizaine d’estaminets présents… Le festival ayant décidé de jouer les geeks et d’imaginer un bien superflu système de paiement par carte. L’idée, déjà assez conne à la base ceci dit en passant, est devenue la cause d’un joli bordel quand il s’est avéré que rien ne fonctionnait ou presque. Ce n’est qu’après quatre heures durant lesquelles obtenir une bière était mission quasi impossible que les bars ont enfin ouverts leur bonnes vieilles caisses de cash (et qu’un IT Manager s’est probablement pendu par la même occasion). Tout est plus ou moins rentré dans l’ordre par la suite mais on déplorera tout de même la communication très sommaire de la part du staff ainsi que des bars fonctionnant en mode très « free style » durant les trois jours. La perfection n’est donc définitivement pas de ce monde.

Une fois passé cet écueil, il reste à s’incliner devant la richesse de ce qu’il nous a été donné à entendre lors de ces 3 jours d’orgie musicale. En festival, les corps sont toujours soumis à rudes épreuves, le soleil, les bières, les kilomètres, le son, ça vous use un festivalier. Il est donc fréquent que le planning savamment mis en place des jours à l’avance se réduise à bien peu de chose le jour (ou la nuit) avançant. C’est nettement moins le cas ici, l’affiche est telle que l’on ne s’octroie que peu de repos. On a assisté à plus de 20 concerts en 3 jours et malgré cela nous n’avons pas été voir Sufjan Stevens, Explosions In The Sky, Ty Segall, Male Bonding, Low, Caribou, Shellac, Twin Shadow, Kurt Ville, The Soft Moon, Holy Ghost!, Suuns, Mercury Rev, Swans, Shellac, The Black Angels, Gang Gang Dance et Belle & Sebastian pour ne citer que ceux que l’on aurait été voir bien volontiers…  Passons donc en revue ceux que l’on a vus et souvent fort appréciés.

Day 1

Toundra

17h le jeudi, premier concert et première claque du festival sur la splendide scène Pitchfork : un immense panneau solaire à votre gauche, la mer à votre droite, un son (trop) puissant mais parfait. Toundra est un groupe madrilène qui nous envoie un intense  post-rock instrumental souvent aux frontières du post-métal. Mais ils savent aussi nous faire des morceaux plus délicats, très proche du dernier Mogwai. Quelques locaux de l’étape réagissent dès les premières notes aux morceaux les plus rentre-dedans.  Quant à nous, on découvre et trouve que c’est plus que bien foutu. On est même franchement étonné d’avoir à en découdre avec un groupe d’une  telle qualité d’entrée de jeu. Leur dernier album est en écoute sur leur Bandcamp et on vous le conseille chaudement.

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Cults

Sur album, cette pop proche de Metric pour la voix et les rythmes enjoués fonctionne plutôt bien. Sur scène, c’est tout de suite moins réussi. La voix de Madeline Follin à tendance à partir en vrille. C’est pas trop juste, elle s’époumone dans son micro mais le public de la scène ATP s’en contrefout. Il faut quand même avouer avoir tapé du pied sur « Abducted », très chouette morceau pop accompagné de son xylophone. C’est bien foutu, c’est sympa, une bière arrive. La journée peut enfin commencer.

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Of Montreal

En arrivant derrière la grande scène, la San Miguel, on avait bien remarqué les ballons colorés et les déguisements aux poitrines féminines plutôt opulentes. Raté, ce n’était pas pour les Flaming Lips. Bref, plus que pour la musique, c’est pour l’ambiance dégagée par Of Montreal que les gens se pressent devant la scène. Si vous voulez assister à un concert de mecs debout immobiles derrières leurs instruments, passez votre chemin. Of Montreal, c’est du cirque. Et ils prennent plaisir à être là. Spiderman quitte la scène pour laisser la place à une tribu de cochons, des femmes nues débarquent. Ils aiment les paillettes, les déguisements, le maquillage, les fleurs et les ballons. C’est joli, c’est coloré. Mais musicalement, même si c’est bien foutu, cette ambiance psychédélique baignée dans du gros son bien lourd, ça fout la nausée. Il faut partir de là, et vite.

The Fresh & Only’s

Tout logiquement plus lo-fi sur scène que sur album, les Fresh & Onlys ont livré un set d’une bonne densité mais cela souffrait d’un manque de relief. C’est évidemment toutes guitares dehors qu’ils passent en revue le bon Play It Strange. Et même s‘il recèle quelques pépites, on ne sent jamais venir l’étincelle qui les rendrait indispensables. On passe un bon moment mais cela manque de piquant.

Glasser

Changement d’ambiance toujours sur la scène Pitchfork. Ce n’est apparemment pas toujours le cas, mais Glasser s’est pointé au Primavera Sound en configuration duo. Une gonze (appellons-là « Florence ») et un mec (et lui « + the Machine »). Elle, plutôt mignonne, elle se contente de chanter sur des sonorités électro douces en se dandinant comme une dingue sur la scène. Lui, il chipote sur ses boutons. Dommage que les chœurs qui caractérisent tant Glasser ne soient que des voix préenregistrées. On a parfois l’impression d’assister à un grand playback. Mais l’ensemble reste très propre. Des titres comme « Mirrorage » fonctionnent plutôt bien. C’est net et agréable. D’autant plus que les bars sont –enfin !- tous ouverts.

The Walkmen

De ce concert des Walkmen, je retiendrai la classe d’Hamilton Leithauser au chant qui rappelle énormément Matt Berninger des National. Il est complètement habité par les morceaux qu’il transcende de son talent. Je retiendrai aussi ce groupe qui interprète avec une perfection de métronome un répertoire qui au fil des ans commence à surclasser solidement la concurrence. Je retiendrai « Angela Surf City » qui est probablement le tube le plus sous estimé de 2010. Je retiendrai enfin un « The Rat » sorti de nulle part en fin de set qui a complètement retourné la (toute grande) foule présente sur la scène Pitchfork. Les Walkmen ont livré un concert excellent de bout en bout. Sans aucun doute la meilleure surprise de ce festival me concernant.

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Interpol

A peine les Walkmen ont-ils terminé leur set qu’il faut filer vers la scène Llevant. Un bon kilomètre de marche dans une cohue indescriptible. On arrive pourtant à se hisser devant la tente des ingés son. Premier constat, ces mecs gèrent leur boulot. Malgré la taille de la scène, le fait que ce soit en plein air face à la mer, le son reste excellent. La basse prend aux tripes. C’est bon. Extrêmement bon. Et ça commence en force avec un « Success » carré et foutrement bien balancé pour une chanson d’ouverture. Même si Paul Banks a abandonné la coiffure à la mèche digne de tout groupe UK qui se respecte, on sent qu’on va s’en foutre plein les oreilles quand Interpol va puiser dans les excellentes vieilleries de « Turn on the bright lights » avec « Say Hello To The Angels » directement envoyé. Interpol a bien pigé que son public vient aussi pour les vieux titres. Ils vont surtout piocher dans les deux premiers albums en laissant relativement de côté « Our Love To Admire » pour notre plus grand plaisir. Même le dernier album en date ne fait pas pâle figure face aux « vieux » hits. « Lights » enflamme littéralement le public. La recette fonctionne toujours : une voix inimitable, des rythmes accrocheurs, une basse omniprésente, des riffs répétitifs, il en faut peu. Après une bonne heure et quart de concert, les oreilles bourdonnent. Alors qu’on croit que le concert est déjà fini, viennent les premiers accords et roulements de batterie de « Slow Hands ». La scène Llevant saute. C’est grand. Le show se termine sur « Obstacle 1″. Jouissance. Ce soir, c’est là qu’il fallait être. Et la nuit n’est pas finie.

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Flaming Lips

Mon histoire d’amour avec la bande à Wayne Coyne a commencé précisément sur la scène San Miguel (Estrella que l’on disait même en ces temps-là) il y a cinq ans quasi jours pour jours. A cette époque, je ne connaissais d’eux que le tout récent « At War With The Mystics » et je me souviens en avoir pris plein la vue et les oreilles pendant une heure et demi devant un public complètement hystérique. La bonne musique était au service de la fête. Depuis je n’ai pas pu faire autrement que de les découvrir sur albums et puis les voir et les revoir. Qu’en est-il cinq ans après ? Le sentiment est mitigé. Ils ont toujours cette faculté exceptionnelle de transformer leurs concerts en énorme fête où le groupe et le public communient gaiement. Et malgré le côté « grande foire » du bazar, leur interprétation est toujours un modèle de maîtrise. Mais au vu de leur discographie et de leur excellent dernier album, on était en droit d’attendre autre chose de leur part qu’un Xième concert best of.

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Day 2

Avi Buffalo

La journée ne pouvait que bien commencer. La pluie annoncée n’est qu’une vaste blague, les bars sont ouverts et l’argent mis sur nos cartes nous permettant de nous déshydrater nous a été restitué. Et pourtant tout a changé lors des premiers accords d’Avi Buffalo. Ils nous avaient séduit l’année passée. Leur premier album éponyme avait même trouvé une place de choix dans nos tops 2010. Loin de nos attentes, les Californiens nous ont fait l’honneur de présenter leur nouvel album à paraître. Autant le dire tout de suite, on ne risque probablement pas de l’écouter. Alors qu’on aimait le côté pop aux mélodies douces et à la voix fragile, ils ont lancé une purée limite inaudible. Non, décidément, tout le monde ne peut se revendiquer Flaming Lips. Le mec s’époumone avec sa voix efféminée,  balance des gros accords bien gras, trop lourds. Summum du ridicule, le solo tout droit sorti d’on ne sait pas trop où. Bref, ça ne colle pas à l’image qu’on s’était faite de ce groupe a priori fragile. Et on en rit. Du premier album, le public massé sur la San Miguel n’aura pu entendre que « Remember Last Time » et « What’s In It For ? ». Un peu maigre au beau milieu de cette cacophonie foireuse. Et dire qu’on a raté Surfjan Stevens pour « ça ».

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The Fiery Furnaces

Changement radical de style sur la Llevant avec The Fiery Furnaces. Il faut bien avouer que nous en étions resté aux albums « Blueberry Boat » sorti en 2004 et à « Bitter Tea » issu de 2006. Erreur de notre part, les titres plus récents fonctionnent vachement bien et donnent la pêche. La voix particulière d’Eleanor Friedberger et les changements de rythme incessants de son frère Matthew sont toujours au rendez-vous. Ce mélange indéfinissable de rock post-moderne, tantôt filant vers le pop, tantôt complètement à l’opposé. Avec The Fiery Furnaces, pas le temps de s’emmerder. Ca change de registre comme d’accord. C’est bouillonnant et sautillant. Ca fait plaisir. Malheureusement il fait beau et chaud. Comme dans tout festival, il y a des moment où le cœur lache. L’appel du bar se fait pressant.

The National

The National est-il le meilleur groupe du monde ? On les a vus dans le cadre très intime du dernier Crossing Border Festival à La Haye il y a quelque mois. Ils nous avaient littéralement mis sur les genoux avec un concert grandiose, mêlant essentiellement le meilleur de leurs derniers albums et se clôturant sur un Vanderly Crybaby Geeks interprété sans ampli faisant frissonner toute la salle. Classe. Cette fois-ci ils jouaient sur la scène Llevant, une (très) grande scène en plein air avec les buildings multiformes de la côte barcelonaise pour décor de fond. Une toute autre configuration donc ne leur permettant pas de rejouer la même carte et pourtant la setlist est quasi identique. Et ça fonctionne. La retenue bienvenue qui caractérisait le public hollandais s’est muée en un enthousiasme assez inattendu. Et très franchement, quand les refrains de Bloodbuzz Ohio, Mr November ou Terrible Love sont entonnés (pour ne pas écrire beuglés) par plus de dix milles festivaliers (sous influences diverses), c’est évidemment moins poétique comme tableau mais presque tout aussi frissonnant.

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Deerhunter

Dès les premières notes d’un « Desire Lines » joué d’entrée de jeu, on a compris que ce ne serait pas un show pour gonzesses. J’ai enfin pu en juger par moi-même. Je comprends les nombreuses personnes qui ont adulé leur récent passage au Botanique, on en parlait ici même. Alors que les excellentes chansons semblent proprettes sur album, Bradford Cox et sa bande balancent en live un set burné et surtout parfait. « Desire Lines » ou « Nothing Ever Happened » jouent la carte des prolongations sans jamais tomber dans l’excès. D’autres titres sont livrés boostés à la taurine, comme l’excellente « Memory Boy » ou « Helicopter ». Ca relève d’un talent certain. C’est grand. Géant, même.  On s’attendait à une claque, mais pas à une qui laisse une trace rouge aussi grosse sur la joue pendant si longtemps. C’était probablement le concert du jour. Un seul regret, les avoir raté au Bota.

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Pulp

Ne connaissant d’eux que le très bon « Different Class » et deux trois autres tubes assez convaincants mais n’ayant absolument plus l’envie de courir à travers le site pour être à une distance respectable, je n’ai assisté qu’à la dernière demi-heure du set de Pulp. Et fort loin dans la toute grande foule encore bien. J’y ai vécu l’hystérie collective sur « Common People » (j’y étais!) et vu un Jarvis en rajoutant des tonnes. Cela ne retire rien à la qualité des morceaux de Pulp mais je vois chez lui une dose de prétention malvenue… Mais bon, cessons de jouer les sinistres et donnons leur rendez-vous à Dour pour un set complet ce coup-ci. Pour info, et c’est plutôt une bonne nouvelle, c’était quasi « Pulp play Different Class ».

Battles

Braxton s’en est allé et Battles se retrouve sans leur chanteur/bidouilleur/multi instrumentiste. Plutôt que de trouver une nouvelle perle rare, ils ont fait le choix d’ajouter des guests vocaux sur leur dernier album et de taper les pistes en live. Mouais… L’idée est franchement douteuse car au vu de la très bonne qualité des nouveaux morceaux, on peut franchement regretter qu’il manque cette quatrième roue indispensable au carrosse. L’autre choix de ne jouer que les morceaux du dernier « Gloss Drop » (aucune trace d’Atlas, Tonto ou Tras donc…) est à la limite de l’auto-sabotage. Vraiment dommage car au final on a quand même passé un très bon moment : pas loin de dix milles personnes qui dansent à 04h30 du matin sur du Battles, c’est beau. Mais on retiendra surtout que l’on est passé à côté de la montre en or.

Day 3

Yuck

C’est dans des moments comme ceux ci qu’on se rend compte qu’on est au Primavera. Les yeux à peine ouverts par un trop courte nuit, le premier riff crasseux de « Holing Out » nous remet en place. Le jeu de guitare est toujours aussi efficace, la basse soutenue s’accroche aux viscères. Ca fait du bien. Yuck enchaîne avec ce qui fait le succès de l’album, des titres pop « Shook Down » aux ballades « Suicide Policeman ». Le public chante et tape du pied. Le batteur aux cheveux qui prennent plein de place n’est plus le seul à prendre du plaisir. Daniel Bloomberg, avec son look d’adolescent un rien mal dans sa peau semble beaucoup plus à l’aise sur cette scène ATP que dans l’ambiance intimiste de la Rotonde du Botanique. Un set agréable et parfait jusqu’à la dernière chanson. « Rubber », déjà très down-tempo sur album est ici interprétée en version slow motion dans une soupe de bruits. Plutôt inutile. Malgré ça, Yuck confirme ce qu’on disait déjà : même s’ils n’ont rien inventé, il faudra compter sur eux.

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Fleet Foxes

C’est souvent le problème des festivals. On fait jouer en plein air sur une scène énorme des groupes qu’on verrait plutôt dans une salle sombre et minuscule. On peut avouer qu’avec Fleet Foxes, on s’est un peu foutu le doigt dans l’œil. Même si leur second album, « Helplessness Blues » ne nous a pas convaincu sur la longueur, en concert c’est bien différent. Les folkeux ont sorti clavecins et autres guitares acoustiques juste pour filer la chair de poule au public venu en masse devant la San Miguel. Là encore, chapeau aux ingés son. C’était net. Aussi net que ces harmonies et la voix de Robin Pecknold. Pas une seule fausse note, pas un seul écart. Des mecs sympas en plus. Et même s’ils n’ont pas fait « Montezuma », on se consolera en se disant qu’on a eu droit à un splendide « The Shrine / An Argument » et à un « Mykonos » qui restera, quoi qu’il arrive, un putain de morceau.

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Gonjasufi

Les gars ? Et si on faisait n’importe quoi aujourd’hui, tiens, juste pour déconner ? Oh, une batterie ! Et si on jouait n’importe quoi à la batterie aujourd’hui, tiens, juste pour déconner ? Oh, un backstage ! Trop cool les gars. Et si on allait voir ce qu’il s’y passe, tiens, juste pour déconner ? Oh, un micro ! Et si on beuglait dedans, tiens, comme ça ! On nous avait prévenu mais quand même. Ceux-là même qui ont  pondu un des albums les plus surprenants de 2010, adulé par beaucoup, ne sont rien d’autres que des Jean Foutre de première. Hors-catégorie même. The drugs don’t work.

PJ Harvey

Un autre moment fort du festival. On a adoré « Let England Shake » et disons-le tout de suite, en live ça chatouille partout. Une heure trente d’un voyage dans le monde particulier de PJ, ça ne peut laisser indifférent. Guidés par une reine tout de blanc vêtue portant une couronne de plumes (pourquoi pas ?), nous voilà en route pour son dernier album, mais pas seulement. Si nous, nous avons adoré, ceux qui connaissaient l’œuvre de l’Anglaise ont juste dû jouir. La setlist est impressionnante. Sur scène, PJ est à l’écart du groupe. Seule à gauche de la scène, elle joue de sa petite harpe, l’échange volontiers contre une guitare de temps en temps. Les autres musiciens se retrouvent en demi-cercle sur la partie droite de la scène. Mick, la figure de l’Anglais classique, reste impassible derrière ses guitares, sa basse ou son piano. Mais il accompagne à merveille Polly Jean. On retiendra surtout cette voix. Une voix puissante et toujours juste. « On Battleship Hill » nous convainc une fois de plus que c’est du lourd. Du très très lourd. Le public est conquis. Même dans les moments les plus calmes, on n’entend pas un bruit. Et c’est rempli d’étoiles dans les yeux qu’il faut déjà filer à l’autre bout du festival.

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Mogwai

Trois jours de festival, ça use. C’est donc les pieds et les jambes en compote, les oreilles sifflantes et le bide rempli de bière qu’on se hisse tant bien que mal sur la Llevant. Malgré cet état second, impossible de s’asseoir ou de se mettre à l’écart. Les premiers accords de « White Noise » nous mettent directement dans l’ambiance. Ca va fort, très fort. C’est intense. Une bonne partie de l’excellent « Hardcore Will Never Die, But You Will » est joué, dont l’excellent « San Pedro » qui ne me laisse pas de marbre. Actualité sportive oblige, le batteur arbore fièrement un maillot du Barça, fraîchement vainqueur de la Champion’s League. Les gars parlent football entre les chansons. Des chansons qu’ils enchaînent en prenant un malin plaisir à jouer avec nos oreilles meurtries. Ca hoche de la tête, ça sautille. Je souffre. Moment plus calme, on passe de la fête au recueillement, ils dédient un titre à Gil Scott-Heron dont on a appris le décès dans la journée. Mogwai, vous avez gagné, je reviendrai vous voir à Dour. Et cette fois, je m’arrangerai pour être en forme pour pouvoir vous apprécier à votre juste valeur.

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Animal Collective

Animal Collective est indéniablement un des groupes, voire le groupe, qui restera le plus marquant de ces quinze dernières années. Leurs nombreux excellents albums sont tous indispensables. Et c’est donc fort logiquement qu’ils ont les honneurs de clôturer la main stage de ce Primavera. Mais après les avoir entre-aperçus deux fois en festival et m’avoir laissé sur le bord du chemin de leur délire collectif, cette troisième tentative sera la dernière. Deux nouveaux morceaux crevants d’entrée de jeu (enfin deux… y en a-t-il eu un ? y en a-t-il eu trois ? difficile à dire) suivi d’un massacre du splendide « Did You See The Words » (un des morceaux que je chéris le plus) et la messe est déjà dite. Ces gens sont tout simplement incapables de rendre en live ne fût-ce qu’un centième de l’intérêt de leurs chefs d’œuvres sur album. Et que l’on ne vienne pas me parler de génie que je ne comprendrais pas. C’est juste inaudible, complètement mal balancé, irritant et indigne du génie de leurs compositions.

Le mot de la fin reviendra à Bradford Cox en clôture du set de Deerhunter : « It’s the best music festival. In the world ». That’s it. On n’aurait pas dit mieux. A l’année prochaine, Barcelone.

Bousval & Adrien

 

Mogwai – Hardcore Will Never Die, But You Will

Qu’on se le dise, Mogwai a refait un bon album. Oui, à l’écoute de Hardcore Will Never Die, But You Will (…) vous allez encore voyager à travers une musique puissante et paradoxalement apaisante. Oui, vous apprécierez des morceaux tendus au son plein qui alterneront entre tensions retenues et explosions sonores. Mais la nouvelle est d’autant meilleure que Mogwai a enfin complètement réussi sa mutation.

Le son et les structures de la fournée 2011 n’ont plus rien à partager avec ceux de « Young Team », référence parmi les références, vieille de presque 15 ans aujourd’hui. Rien à partager mais pas grand chose à envier pour autant. C’est que des morceaux aussi modernes, denses et efficaces que Mexican Grand Prix ou Rano Pano font plaisir à entendre pour un groupe qui nous avait habitué à toujours espérer de moins en moins de leur part. San Pedro contient tous les éléments d’un grand morceau post-rock mais il est ramassé en 3 minutes et cette énergie fonctionne complètement. Et si juste après ils lèvent fort joliment le pied sur Letters to the Metro ce n’est que pour mieux rebondir sur un très bon George Square Tatcher Death Party et l’on se dit que des groupes comme Fuck Buttons ou Battles n’ont pas du les laisser indifférents ces dernières années.

Avec cet album riche et varié de bout en bout contenant très peu de passages conventionnels, Mogwai s’offre une cure de jouvence remarquable et prouve qu’il a encore beaucoup à apporter en sortant des sentiers balisés du post rock loud quiet loud binaire.

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