Il y a des groupes qui ne défrayent jamais la chronique et pour lesquels on s’attache bien plus que d’autres… et peut-être bien plus que de raisons. En ce qui me concerne Crystal Antlers en fait partie. Tout a commencé avec la chronique de leur premier EP qui me donna l’envie d’en savoir plus. Pitchfork disait : « Merging psych, garage, lo-fi, prog, and countless other influences, the group easily maintains consistency despite a complete inability to be pinned to any specific movement or trend ». Et il avait entièrement raison. A l’écoute de la bête, ce fut le coup de foudre, au sens figuré comme au sens propre tant les forces en présence s’avéraient cataclysmiques. Un retour vers les Led Zep, Black Sabbath & Co de plus mais Crystal Antlers apportait une pointe d’exotisme que les autres groupes psychés/noise du moment ne proposaient pas. Moins carré, plus touche-à-tout, cet EP était (et reste) vraiment une toute grosse claque.
Tentacles qui suivit offrait de bonnes choses mais n’atteignait que trop rarement la grandeur de l’EP. On ne parlait pas de déception mais d’un sérieux goût de trop peu. Et ce n’est malheureusement pas ce Two-Way Mirror qui inversera la tendance. Ce premier EP si inspiré semble définitivement être la référence qu’ils n’atteindront plus.
Deux forces principales s’opposent sur ce Two-Way Mirror (tiens, tiens…). L’une qui comme toujours tend au chaos plus ou moins maîtrisé. Toujours constitués de nombreuses couches et variations, ces morceaux prog/pscychés/noise condensés en 3 minutes sont intenses mais certains pèchent par un excès de confusion. L’autre force tend à insuffler une ligne directrice plus épurée à leur musique. Et c’est alors que moins nerveuse, moins diffuse et plus mélodieuse, elle est nettement plus accessible et prenante. On repense alors à la splendide Little Sister sortie uniquement en single entre leurs deux albums. C’est probablement sur ce terrain là que Crystal Antlers a le plus à nous apporter. La bonne nouvelle est que cet album propose plusieurs morceaux empruntant cette voie : très bon Summer Solstice et toute la face B. Même Dog Days qui contient le brin de psyché, la longueur, les ponts et les changements de rythme indispensables au cahier de charge du morceau épique de clôture reste assez simple dans sa construction et il s’agit d’ailleurs d’un des meilleurs moments de l’album.
Au final, c’est une demi-réussite. Ils commencent à s’égarer sur les morceaux plus denses mais au vu de la justesse des morceaux plus dépouillés, l’échappatoire semble tout indiquée et suffira aux fans pour entretenir la flamme.
