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Pitchfork Music Festival @ Paris

Pitchfork organisait la deuxième édition parisienne de son festival le week-end dernier (on est un peu en retard dans la mise en ligne de l’article, c’était début novembre. Et alors ?). Nous y étions. Récit de cette aventure particulière en plongée dans un monde parallèle…

Tout d’abord, plantons le décor. Pour ceux qui ignorent ce qu’est Pitchfork, quelques explications s’imposent. Pitchfork est un site web musical basé à Chicago. Ca critique sans concession la quasi-totalité des sorties estampillées musique indépendante, underground ou alternative, appelez ça comme vous voulez. Folk pour barbus bohêmes, rock garage pour punks en cuir, électro pour speedés du samedi soir, rap pour révolutionnaires en survet’, pop de tarlouzes ou rock propret des classes moyennes, tout y passe. Tout, tant que ce n’est pas « mainstream ». Et comme le site, notamment de par ses redoutées cotes de 0 à 10 (avec une décimale !), est devenu de loin le média le plus influent de ce petit milieu, il fait et défait les modes au sein de cette culture underground qui par définition échapperait à tout standard… C’est le serpent qui se mord la queue en quelque sorte… Cette réserve étant émise, il n’en reste pas moins que Pitchfork est la « Bible » de l’amateur de musique un brin plus averti que celui issu de la « masse » qui continue à vivre comme un bien heureux en se contentant des bouses FM.

Pitchfork, en version festival, ça donne sur papier une affiche aussi pointue qu’intéressante, dans un cadre a priori très soigné (la Grande Halle de la Vilette à Paris). Passons en revue le cadre, l’ambiance et bien sûr la musique. Et ce de 0 à 10, avec une décimale !

Le cadre. 7.9/10 - L’immense salle rectangulaire est divisée en deux parts égales avec une scène de chaque côté. Sur les bords, de simples draps noirs sur lesquels ça et là sont projetées de rares images qui font le boulot en apportant une chaleur tant acoustique que visuelle plutôt réussie. A la fois minimaliste et classe, quand votre plus récent souvenir de festival c’est Dour 2012, autant dire que ce site est le Pays des Merveilles.

L’ambiance. 4.2/10 - Entre bourgeois-bohèmes, hipsters, nerds ou snobs, on ne sait plus à quel qualificatif faire appel pour définir ces gens dont la superficialité est inversement proportionnelle à leur penchant pour la déconne… Le bilan après trois jours de festival est sans appel : deux rencontres sympathiques. Waouw. On aurait passé les mêmes trois jours enfermés dans les chiottes du Louvre que le bilan n’aurait pas été pire. Heureusement, nous étions six joyeux camarades et la picole a rendu tout ça merveilleux. Petite suggestion aux organisateurs pour l’an prochain : aligner quelques groupes rock’n’roll à l’affiche (Pitchfork a récemment adoré Thee Oh Sees, Metz, The Men, Ty SegallIceage, ils étaient où ?) et diminuer le prix du ticket, quitte à y perdre une tête d’affiche. Ca donnerait un côté moins guindé à la petite sauterie.

Le son. 10/10 - Merde, on vient de donner un 10. On n’est pas prêt de bosser pour Pitchfork. Mais sérieusement le son était foutrement bon. Ca devrait toujours être comme ça.

DIIV 7.6/10 - C’était « bien ». Comme on pouvait s’y attendre, c’est plus nerveux en live et ça nous a permis de découvrir leurs morceaux différemment. Etant donné la courte longueur du set, ils n’essayent pas d’installer l’atmosphère cool de l’album. Bonne ou mauvaise idée ? Leur futur concert à l’AB très bientôt devrait nous permettre de se faire un avis plus tranché.

Japandroids 8.3/10 – Le seul grand moment bien rock’n’roll du festival ! Mais vraiment ! L’énergie qu’ils balancent à deux, et rien qu’à deux, est incroyable. Evidemment, c’est parfois brouillon, surtout la voix qui a vraiment a du mal à suivre le rythme. Mais comment leur en tenir rigueur alors qu’ils ne sont que deux et envoient la purée comme s’ils étaient 4. Ils nous ont en plus bien fait marrer avec leur « superstorm ».

M83  5.3/10 – Parmi vos deux serviteurs, l’un a vraiment aimé l’album, l’autre n’en peut plus de devoir se taper ‘Midnight City’ quand il est au rayon boucherie. Celui qui a vraiment aimé l’album, les a également vraiment aimés au dernier Primavera. Mais là, il les trouvait assez cliché. Mauvaise l’idée de rajouter un orchestre… Surtout si c’est pour les faire jouer la nappe de synthé enregistrée (il n’y a que sur un titre où l’orchestre s’est un peu fait entendre). Celui qui est dépité au rayon boucherie en a eu pour son pognon ! Une heure de bonne grosse nausée, le steak haché ne devait pas être frais. C’est que pour lui M83, c’est juste un truc entre du mauvais shoegaze et de l’électro bourrin, qui parfois a même l’hostile idée de nous rappeler aux mauvais souvenirs de Queen. Là où ils sont tous les deux d’accords, c’est de dire que ce soir là M83 surjouait. Ils ont peut-être pris du plaisir mais n’en on pas donné beaucoup au public. Allez, on n’en parle plus.

Wild Nothing 7.8/10 – Une excellente surprise de ce festival. Sur album, on avait accroché à la première écoute à leur dream pop à guitares. Et les p’tits gars ont bien transformé l’essai. En début de soirée, ce « Real Estate meets The Cure » passait tout seul.

The Walkmen 8.6/10 – C’en est presque fatiguant de se répéter mais ces gars ont une classe hors du commun, un talent hors-du commun et une solide collection de morceaux hors-du-commun, bien ré-achalandée avec leur dernier album Heaven. Une heure de concert parfaitement balancée entre tubes indie-rocks et balades touchantes. Ces crooners semblent venus d’un autre temps mais font pourtant bien partie des groupes qui marqueront leur génération.

Fuck Buttons 8.1/10 - Un concert de Fuck Buttons, c’est une heure où le duo se fait face, séparé par leur immense table aux mille (enculés de) boutons. Sur le plan visuel, et même si on adore leur énorme boule à facette, vous conviendrez qu’on a connu plus captivant… Reste donc leur musique barrée et leur son surpuissant prenant aux tripes. Ils ont balancés leurs tubes et nous ont dévoilé un nouveau morceau qui s’annonce énorme. Sans être intemporel, c’est tellement efficace que ça reste le seul set électronique qu’un fan de guitares peut se taper de bout en bout sans se faire chier.

Animal Collective 6.3/10 – On commence à les connaître… Animal Collective s’amuse en live à surprendre son public en proposant des sets où de longues séquences obscures s’entremêlent à leurs futurs morceaux qu’ils testent et ça et là, un de leur tube, histoire que les gens restent. Alors que leurs albums sont difficiles d’accès mais regorgent de génie quand on prend la peine de s’y attarder, le bât blesse clairement en live puisqu’on n’a droit qu’à un seul shot.

Cloud Nothings 7.0/10 – Si on adoré les parties instrumentales, on trouvait le chant un peu en dessous. Ca manquait de justesse. La nonchalance c’est cool comme état d’esprit mais ça ne s’applique pas en toutes circonstances. Ceci étant, Wasted Days (bien meilleure version que celle jouée à La Chocolaterie) et No Future/No Past sont toujours des bombinettes. Du bon grunge qui va droit là où ça va bien. Mention « pas bien » aux organisateurs qui les ont fait joué bien trop tôt dans la soirée, c’était un peu « wrong place, wrong time ».

Liars 7.9/10 - Auréolé de leur très bon dernier album WIXIW où il se réinvente pour la sixième fois en autant de LP, les Liars étaient attendus au tournant. Cet album, clairement plus électronique que ses prédécesseurs, est surtout intéressant pour ces morceaux ambiants à l’atmosphère glaciale et inquiétante. Ce soir là, ils ont pourtant choisi d’en extraire les morceaux les plus rentre-dedans, ou d’en revisiter d’autres en version plus noise. Quand vous ajoutez à ça un énorme Broken Witch en clôture de set qui a tout retourné, l’addition est bien tassée. Ce n’est pas ce qu’on attendait mais c’était foutrement bon. Surprenant, comme toujours.

Grizzly Bear 9.3/10 – LE concert parfait pour clôturer notre festival. Bien plus convainquant que lors de leur tournée Veckatimest. Calme, beau, propre et bien foutu. Ils ont fait mouche. A l’écoute des  Speak in Rounds, Yet Again, Gun-Shy, While You Wait For The Others, Knife, Two Weeks, Sleeping Ute, on réalise qu’ils ont maintenant une discographie débordant de morceaux intemporels. Tubes sur tubes à l’interprétation sans faille, c’était du tout grand art. Et comment oublier ce Sun In Your Eyes pour se dire au revoir ?  On en a encore la chaire de poule au moment d’écrire ses lignes.

Quelques brèves de comptoir, on y était souvent, pour en finir : on a vu Sébastien Tellier et on ne sait pas quoi en penser, mais c’est pas grave. On a tendu une oreille aux Chromatics qu’on trouvait moins emballant qu’au Primavera. Dommage. Purity Rings mériterait peut-être le détour. Jon Talabot mérite assurément le détour. On a tapé du pied sur Breton, sorte de Foals du Aldi mais on en restera probablement là.

Voilà, probablement à l’an prochain Pitchfork. On espère en mode un poil plus rock’n’roll cette fois !

Primavera Sound 2012 @ Barcelone

Comme chaque année, Barcelone accueillait la semaine dernière la crème de la crème de la musique indie-pop-rock-électro. Un condensé de ce qu’on a plutôt bien aimé durant l’année écoulée (et le reste…), et ça tombe bien !

On enfoncerait bien le clou juste pour le plaisir: le Primavera Sound, c’est l’événement incontournable pour tous les amoureux de musique et de fiesta que nous sommes. Une programmation en béton, un son parfait malgré que tout soit en plein air, du soleil, de la mer, un site bien foutu (à part peut-être la trop proche proximité entre les scènes Pitchfork et Vice, toutes les deux à front de mer), on ne fait jamais la file comme quand tu passes de la Main Stage à la Marquee au Pukkelpop, un public connaisseur et pas de jeunes pré-ados chiants, de la bouffe de festival vraiment correcte, etc. Le pied, quoi.

Seul point noir, comme l’année passée : le bar. En 2012, adieu la carte qui avait tant fait parler d’elle, bienvenue au cash. Belle idée. Sauf que derrière le bar, ces messieurs dames n’ont toujours pas compris comment on s’y prend pour servir des bières de manière efficace : ils font mille aller-retours, se marchent dessus et perdent beaucoup de temps. Et ils annoncent sur les tarifs des 33cl qui, en réalité, ne font que 25cl. Le prix de 3€, lui, reste par contre inchangé. Gabi (Mr. Primavera) m’a promis via Twitter qu’il allait checker… On attend toujours… Mais là n’est pas le principal, évidemment. Le reste est grand. Très grand.

Day 0 : Arc de Triomphe

Avant même que le «vrai» festival ne commence sur le-dit «Parc del Forùm», l’organisation avait prévu un petit apéritif : un concert gratuit dans le centre-ville sur l’esplanade de l’Arc de Triomphe. Sous un soleil de plomb et au beau milieu des palmiers, on a pu assister aux prestations des Wedding Presents, des Walkmen venus présenter «Heaven», leur nouvel album et, finalement, des Black Lips, visiblement bons copains du Primavera. Pour la musique en elle-même, pas évident de vous faire une review en bonne et due forme: comme tout concert gratuit, le public n’en avait que foutre de ce qui se passait devant. Ca causait tout le temps (vous pouvez en juger sur les vidéos ci-dessous), on était loin. Et puis on devait se remettre de nos émotions (Ryanair : never again !) et s’acclimater aux boissons locales. Bref, on se souviendra s’être un peu emmerdés pendant les Wedding Present, avoir crié sur «The Rat», avoir tapé du pied pendant tout le set des Black Lips, mais c’est à peu près tout. Cela dit, pour un concert gratuit, l’affiche était plutôt alléchante. L’une ou l’autre canettes pour la route et au lit.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=2uvjQslHPP8[/youtube]

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=y3OMbx35F8I[/youtube]

Day 1

Black Lips

Alors que les files pour choper son bracelet se forment à l’entrée du Parc del Forùm, les Black Lips -qui n’ont visiblement pas trop dormi/dessaoulé depuis la veille- grimpent sur le toit d’un bus Red Bull installé devant l’entrée du festival et nous livrent un set «best of» express mais ultra jouissif. Complètement tarés, la bande semble prendre autant de plaisir que nous et nous balade dans ses « vieux » titres comme dans ses nouveaux. Cole Alexander devra tout de même s’y reprendre à deux fois pour réussir à vider entièrement sa vessie du haut de son perchoir (rock’n’roll rules !).

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=c2pH2wbzl1Y[/youtube]

Baxter Dury 

Les festivités commencent avec Baxter Dury qui ouvre la grande scène (la San Miguel, sponsor oblige…). Et pour un premier show, ça envoie du lourd. À l’image de l’homme et de son album «Happy Soup», on assiste à un concert propre et plutôt classieux. En live, «Happy Soup» se révèle encore plus comme étant un album à tubes. «Claire», «Isabel» et autres «Happy Soup» fonctionnent du tonnerre. On se rend compte à quel point la présence de la (très jolie) choriste / claviériste est importante pour le groupe. Ca va fort. La basse prend aux tripes. Sous le soleil de fin d’après-midi et une bière fraîche en mains, on ne pouvait espérer mieux. On regrettera cependant le côté légèrement hautain et suffisant du gaillard, ses blagues toutes pourries et ce côté «attendu» du concert. Un brin de folie ou de «sorties de route» apporteraient probablement davantage d’intérêt.

Grimes

À 20h30 à Barcelone, il est déjà l’heure de danser avec Grimes qui monte sur la scène Pitchfork. J’avais déjà pas mal accroché à leur album «Visions», mélange d’électro minimaliste, de voix féminines éthérées et de pop dansante. Et je dois bien avouer que leur prestation déjantée m’a complètement scotché. Claire Boucher semble impressionnée par la foule venue en masse applaudir Grimes. Tout de suite, elle précise qu’elle n’a jamais joué devant autant de monde. Plutôt habituée à des petits clubs bien sombres, jouer face à la mer sous un soleil légèrement déclinant n’a en rien altéré la qualité. «Circumambient», «Oblivion», «Be a Body» et le reste font bien bouger le public conquis. Je retournerais volontiers les voir. Juste une question: la fille plutôt bien foutue à la culotte rouge qui faisait la roue sur scène, c’était prévu dans le show ou pas ?

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=-dGGKxdkMRg[/youtube]

Death Cab for Cutie

Longue transhumance jusqu’à l’autre extrémité du festival pour assister au concert de Death Cab for Cutie sur la scène Mini (pas si mini que ça, elle parait bien plus grande que la San Miguel, d’ailleurs). Assez étonnant, je m’attendais à entendre leur dernier album «Codes and Keys» en long et en large. Mais on entendra qu’une ou deux chansons seulement, dont «Doors Unlocked and Open». Et j’ai l’air con parce que que n’avais pas révisé mes classiques. Tout ce que je peux dire, c’est que c’était vraiment excellent musicalement parlant, à l’image «The New Year» qui reste une putain de bonne chanson. La voix de Ben Gibbards est fabuleuse et fabuleusement juste, les harmonies sont superbes. Bon, parfois, j’ai un peu l’impression qu’ils tournent en rond et que les titres se ressemblent tous. Mais c’est bien, donc on ne va pas tergiverser.

Beirut

On change complètement d’ambiance mais pas de scène. Beirut débarque sur la Mini et impose son monde si caractéristique: harmonicas, accordéons et mélodies qui restent en tête. Même si parfois on à l’impression d’être autour d’un feu au beau milieu d’un camp de Roms, j’ai eu des tas de frissons. Sur «Santa Fe» ou «Nantes» notamment, joliment repris en choeur par un public limite hystérique. Zach Condon et sa bande m’ont agréablement surpris. C’était la fête, sur la Mini. Si bien que le concert m’a même paru beaucoup trop court.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=1A_tdaVkr3A[/youtube]

The xx 

J’avais du mal à imaginer The xx sur une belle grande scène de festival. Mais pourtant, Jamie et sa comparse ont bien réussi à retourner la Mini (encore !). Les Anglais nous ont fait peu à peu découvrir leur album à paraître dont un titre instrumental kilométrique avec une ligne de guitare plutôt bien torchée. Ca méritera clairement le détour, tiens. Pour le reste, ils ont évidemment livré leur recette miracle avec le meilleur de «xx», leur album de 2009 (déjà !): «VCR», une version down-tempo sublime de «Crystalised», «Night Time» à la basse qui prend au bide et autres «Stars» que je n’imaginais pas aussi burnés. Light show aveuglant, basse parfaite omniprésente et bien prenante, ils nous en ont foutu plein les yeux et les oreilles. Et même si la théorie veut qu’on reste bien sages sur ce type de musique minimaliste, la réalité est tout autre: j’ai vu plusieurs milliers de personnes sauter sur The xx. Hé ouais ! Un très grand moment, vraiment.

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Franz Ferdinand

On ne va pas faire les snobs et bouder son plaisir: même si c’était couru d’avance, on a passé un moment excellent. Franz Ferdinand, on le sait, c’est une machine à tubes. Et en live, ça se sent, ça se vit, ça se saute. Une setlist bien riche faisant la part belle aux bons vieux titres. On a crié comme tout le monde sur «Tell her Tonight», jumpé comme tout le monde sur «Take Me Out», fait de la air guitar comme tout le monde sur «Jacqueline» et de la «air drums» sur «Dark of the Matinee» comme tout le monde et, finalement, comme tout le monde, on a beuglé sur «This Fire». Parce que ouais, le fire, ils l’ont bien mis sur la San Miguel. J’avais l’impression d’être une groupie. D’être un bête fan. J’ai sauté, j’ai crié. J’en ai rien à branler, j’ai adoré. En espérant que ce soit aussi chouette à Dour.

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The Field

3h30, dernière étape de la journée: The Field sur la Pitchfork. Je ne connaissais pas du tout. Mais dans l’état dans lequel nous étions, on a bien apprécié cette électro minimaliste venue d’on-ne-sait pas trop où. Reste plus qu’à se pencher sur leur album.

Métro – canettes – dodo en se disant qu’on a raté plein de trucs mais que, comme chaque fois en festival, il faut faire des choix. Voici un bref aperçu des choses qu’on aurait bien été voir ce jeudi mais qu’on n’a pas eu l’occasion: Archers of Loaf – Iceage – Afghan Whigs – Thee Oh Sees – Wilco – Refused – Spiritualized – Japandroids.

Day 2

Other Lives

Début de journée en douceur en compagnie des folkeux d’Other Lives sur la San Miguel. J’ai été plus qu’impressionné par la qualité des musicos: il n’est pas rare que sur un seul et même titre, chaque musicien joue de cinq instruments différents (par contre incapable de vous citer tous ces instruments venus d’un autre temps). Les chevelus nous emmènent littéralement dans un monde bien à eux avec, à nouveau, un son parfait et bien fort. Tout l’excellent album «Tamer Animals» se révèle encore meilleur sur scène (même sur une énorme comme celle-là): plus chaud, plus naturel, plus beau. Certaines voix ressortent davantage et on a l’impression de découvrir certaines sonorités. Rien à faire: «Tamer Animals», «As I Lay my Head Down» et «For 12» sont de véritables tueries exécutées dans un silence quasi religieux. J’en ai eu des frissons à plusieurs moments et ce n’était pas à cause de la température. Mon seul regret ? Ne pas avoir été à la Rotonde il y a quelques mois.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=z3aV25Nm9hA[/youtube]

I Break Horses

Seul concert auquel j’ai assisté cette année sur la scène ATP et seul réel regret du festival. J’avais pourtant vachement bien accroché à l’album «Hearts», ses sonorités un peu introverties parfois shoegaze et à la voix aérienne envoûtante. Mais là, la sauce n’a pas pris. Même des chouettes titres comme «Winter Beats» ou «Wired» ne m’ont pas émoustillé. Bref, pour paraphraser un pote: «On s’est fait chier colère» (d’autant plus que pour une fois, le son était bien moins bien chosé). À revoir dans une petite salle ?

The Cure

Le vendredi, le Parc del Forùm était rempli de fans de Cure… que nous ne sommes pas vraiment. Alors par curiosité, on a quand même été pointer le bout du nez à la San Miguel. C’était bourré massacre et le public donnait de la voix. Nous, on a juste chantonné sur «Lovesong» et sur «In between days» mais c’est tout. Un peu, ça passe et c’est même agréable, mais on en a vite eu marre. Et donc on n’a pas tenu les 36 (36 !!!) titres que comportaient le set. Et franchement, Robert… le maquillage et les cheveux en pétard, il faut arrêter maintenant.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=cGAd1BUrhxo[/youtube]

Wavves

Exit The Cure donc, mais on n’a pas glandé pour autant. Direction la Mini pour Wavves. Je n’en garde pas un souvenir impérissable. C’était relativement brouillon, aucune idée de si c’était fait exprès ou pas. Mais ils ont bien balancé quelques bons titres de «King of the Beach» et c’était finalement très sympa du coin du bar. En bonus, on a quand même eu droit à une cover de Sonic Youth. Allez, la soirée n’est pas perdue !

M83

Etonnamment, le concert d’M83 a peut-être été celui que j’ai le plus apprécié. Dès «Intro», j’ai été emporté par ce gros son de clavier qui prend bien aux tripes et la voix qui vient d’on-ne-sait-pas-trop-où d’Anthony Gonzalez, visiblement très ému d’être repris en choeur par un public survolté. Pendant ce (trop) court concert, la Mini s’est transformée en véritable boîte de nuit. Pas de titres calmes, beats et basse à fond: juste de l’électro-pop bien lourde pour danser sans temps morts. J’ai retrouvé ce sentiment de plaisir coupable comme je le décrivais dans la chronique de l’album «Hurry Up, We’re Dreaming»: comme les milliers d’ados que nous étions devant la scène, j’ai perdu ma voix sur les «hé hé / oh oh» de «Reunion» et «Steve McQueen». Et perdu mes jambes en sautant sur ce terrible single de «Midnight City». C’était bref mais d’une intensité dingue.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=dAd65HvzVQg[/youtube]

Retour appart en se disant qu’encore une fois, on a raté plein de trucs. Aujourd’hui, c’était Girls – Lower Dens – The Drums – The Men – Obits – Aeroplane.

Et pour ceux qui s’étonneraient du peu de concerts vus ce jour-là, sachez que la San Miguel bien fraîche passe tout doux, que le Jagermeister, c’est (vraiment) pas bon et qu’ils mettent des icebergs dans le gin tonic. Notez au passage qu’à 21h30, un collègue s’étonnait du fait qu’il fasse «déjà clair» alors que la nuit n’était pas encore tombée. Voilà pour les anecdotes… c’est ça aussi le Primavera !

Day 3

Troisième et dernier jour pour notre escapade barcelonaise. Nos jambes, nos oreilles et nos foies sont déjà bien usés, mais on en veut encore. Ca tombe bien, il en reste !

Sharon Van Etten

J’avais adoré «Tramp», j’avais bien aimé son passage à l’AB Club il y a quelques jours. Mais il y a décidément des artistes qu’il vaut mieux voir dans une petite salle sombre que sur une énorme scène en plein cagnard. Sharon Van Etten fait indéniablement partie de ceux-là. Les blancs entre les titres sont interminables. C’est lent, c’est mou et c’est dommage tant c’est bon. Même ses petites blagues ne semblent pas intéresser le public qui s’emmerde sévère. On aimerait plaider sa cause, ses tubes «Don’t do it», «Give Out» et «Serpents» sont fabuleux. Mais ça ne fonctionne pas. Pas cette fois-ci. Pas ici.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=YrH32FjqFmE[/youtube]

Veronica Falls

On le savait, l’album de Veronica Falls est tout frais, pétillant et sautillant. En live, ça donne plus ou moins la même chose, on s’en était rendu compte il y a quelques semaines à l’AB. Sur la Mini, c’était tout pareil mais en plus brut: riffs rapides, batterie percutante et ce mélange de voix caractéristique de Veronica Falls. Je retiendrai particulièrement «The Fountain» et ses choeurs extra, «Found Love in a Graveyard» et, évidemment, «Come on Over». Même si le son me paraissait parfois un peu foireux, il faut reconnaître que c’est extrêmement bien foutu.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=McI0E43Eib8[/youtube]

Atlas Sound

Retour sur la scène Pitchfork pour aller dire bonjour à ce bon vieux Bradford Cox. Et là, il faut bien avouer qu’on a l’impression qu’il s’est joliment foutu de notre gueule. Il apparaît sur scène simplement muni de sa voix, de son harmonica et de sa guitare, et c’est parti pour des loops qu’il fabrique sous nos yeux. C’est musicalement et techniquement impressionnant. Mais complètement chiant ! Impossible de se focaliser sur sa voix, pas évident de reconnaître ce qu’il joue… surtout quand son câble flanche et que le son se barre. Non, sans déc’, on s’attendait à revivre un bazar comme avec Deerhunter l’année passée. C’était juste décevant. Ou du moins, ce n’était pas ce à quoi nous nous attendions. Et dire que Girls Names était sur la Vice, à 20 mètres de là. Pfff.

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Beach House

Dernier passage -et pas des moindres !- à la Mini pour Beach House qui grimpe sur scène juste quand le soleil commence à se coucher. Même loin de la scène vautré sur le béton chaud, j’ai pu apprécier un set hypra bien foutu oscillant entre le nouvel album Bloom («Wild», «Myth») et Teen Dream, la valeur sûre («Zebra», «10 Mile Stereo»). Ces longues complaintes chargées d’émotion ont fait mouche. Ca sentait la weed à crever, c’était pas moi, mais rien que la musique faisait le même effet: j’étais bien. Ca valait son pesant de chorizo même si j’étais trop crevé que pour apprécier à sa juste valeur. On me souffle dans l’oreillette qu’ils sont de passage à l’AB en novembre prochain…

Chromatics

À cette heure-là, c’est exactement ce dont on avait besoin. De l’électro, synth-pop toute classieuse. J’ai laissé sur la Pitchfork le peu d’énergie qu’il me restait. On savait que «Kill for Love» est un excellent album riche comme tout. Et sur scène, ça le fait. Ils ont juste balancé leurs sons les plus dansants («Kill for Love», «Back from the Grave» ou encore «Lady») en laissant sur le côté les petites perles intimistes (je regrette l’absence de «Candy»). Mais on se consolera avec la présence d’ «Into the Black», reprise de Hey Hey, My My de Neil Young ainsi que de celle, plus inattendue, de «Running Up that Hill» de Kate Bush. C’était fameux. Et eux aussi j’aimerais vraiment les revoir.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=V-Js8Dw4BMs[/youtube]

Nos corps nous lâchant peu à peu, il a fallu revoir nos plans. On a assisté de très loin au set des Weeknd. Trop loin que pour pouvoir en dire quoi que ce soit. Et on regrette de ne pas avoir eu assez d’énergie que pour danser toute la nuit sur Justice. C’est pas trop mon style à la base, mais ça avait l’air vraiment chouette. On s’endormait. L’alcool, la fatigue et la musique faisaient leurs effets. Il ne restait plus qu’à aller s’endormir dans le métro en se disant, encore une fois, qu’on a raté plein de trucs: Hanni el Khatib – Shellac – DJ Coco – Real Estate – Girls Names – Yo La Tengo.

Le retour à la réalité est pénible. Le Primavera reste indéniablement le meilleur endroit sur Terre. On a un an pour s’en remettre. Vivement l’année prochaine !

Chromatics – Kill for Love

« Kill for Love » des Chromatics tourne chez moi de manière plus ou moins régulière depuis de longues semaines. Il faut bien tout ce temps pour écouter attentivement les 17 titres répartis sur les 80 minutes que comportent « Kill for Love ». Un album riche qui se promène tantôt du côté de l’électro synthétique, tantôt du côté de la pop voire de la dance. Fameux mélange des genres qui tient ensemble par cette atmosphère sombre et éthérée, probablement bien amenée par la voix douce, posée et mélancolique de Ruth Ratelet (il va vraiment falloir que je me remette à écouter de la musique de mecs, tiens).

Et franchement, ça donne bien. L’album de Chromatics renferme quelques belles perles. « Into the Black », reprise toute sobre du « Hey Hey, My My (Into the Black) » de Neil Young en guise d’apéritif met bien en place pour les petites pépites pop entêtantes et envoûtantes que sont « Back from the Grave » ou « Kill for Love ». Plus intimiste, on retiendra particulièrement « Birds of Paradise » (cette voix et ce piano, aaaaaargh) mais surtout « Candy », petite tuerie qui s’écoute à fond pour bien ressentir la basse qui prend au ventre.

À côté de cela, on retrouve de longues plages bien éloignées d’un quelconque format FM. Comme ce « These Streets Will Never Look The Same », sorte de morceau électronique à la voix synthétique, un truc bien foutu pour faire bouger du cul. On retrouve aussi des passages instrumentaux agréables à l’image de ce « Dust to Dust » tout frais, tout agréable.

Mais il fallait s’y attendre ; pour remplir ces 80 minutes, Chromatics a dû jouer les prolongations à certains moments. Je zappe systématiquement « Broken Mirrors » qui me tape rapidement sur le système. Ou ce « Running from the Sun » qui s’emporte on ne sait pas trop où.

Bref, sans que ce soit un incontournable, « Kill for Love » est globalement bien torché et s’écoute tout seul. Vu qu’il y a à boire et à manger là-dessus, tout le monde devrait y trouver son petit bonheur. Et personnellement, avec deux-trois bières dans le gosier, ce sera avec plaisir que j’irai les applaudir du côté de Barcelone à la fin de ce mois.

« Candy »:

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=SbuEDkPOq9I[/youtube]