Radiohead @ Sportpaleis

Une fois n’est pas coutume, c’est vers Anvers et son affreux palais des sports que je me suis dirigé. Il faut savoir qu’à mes yeux faire des concerts dans une salle de sport de 15.000 places est une idée aussi brillante que celle de mettre du sucre dans de la mayonnaise. Mais c’est que Radiohead s’y exécutait, et que pour la première fois de ma vie je tenais à assister pleinement à un de leurs concerts. Déjà aperçu par le passé au Pukkelpop à des heures bien trop tardives pour mon cerveau éponge, je n’en avais retenu que des impressions fort bonnes mais bien trop éparses…

Calmons directement les « anti », décevons tout aussi directement les « pro », non, je ne suis pas un « fan » de Radiohead. Je ne connais pas les paroles de Creep sur le bout des doigts, je n’ai pas dansé 4.500 fois sur Karma Police avec mon amoureuse et, alors que j’avais 16 ans et un joli sac-à-dos, il n’y était pas écrit leur nom en sérigraphie. Mais par contre, « j’aime » Radiohead. Comme « j’aime » une très grosse tapée de groupes indies.  Et ce genre de groupes, j’aime les voir en live, les voir jouer, les entendre fort, les sentir vibrer. Et ce qu’ils s’appellent Built To Spill, Why?, Thee Oh Sees, Foals, Grizzly Bear ou Sonic Youth. Radiohead ? Pas plus, pas moins que tous ceux là. Et ce n’est pas leur popularité qui me les rend plus ou moins sympathiques. Il faut juste s’en accommoder et devoir se taper une salle ridiculement repoussante pour les apprécier. Mais parfois il faut savoir faire des sacrifices.

Après toutes ces précautions, vous aurez évidemment compris que je vais vous en dire du bien de ce concert… Le sacrifice en aura valu le coup. Et pas qu’un peu. La setlist a mis en avant King Of Limbs, 6 des 8 morceaux de l’album ont été joués. Album que je trouve bien torché sur le plan des compositions mais complètement gâché par un son ramassé, étouffé, extrêmement plat. Et c’est là une grosse surprise de ce concert : deux batteurs insufflent une énergie énorme à l’ensemble et les instruments se distinguent parfaitement les uns des autres apportant une dimension très aérée qui fait tant défaut sur l’album. Et quand Jonny Greenwood s’ajoute à la bande des deux frappeurs sur Bloom, ça vous transcende le morceau par une instrumentation tribale d’une intensité rare qui en comparaison vous ferait passé Animal Collective pour des neurasthéniques. Autre exemple, Morning Mr Magpie, en mode guitares boostées, s’avère être un excellent morceau. Ou Separator, aussi flegmatique que magnifique. J’en regrette même que Little By Little n’ait pas été jouée tellement l’interprétation des morceaux de King Of Limbs m’a laissé une très forte impression. Le reste de la setlist s’est penchée sur à peu près tous leurs albums excepté les deux premiers. Parmi les moments forts, je retiendrai Pyramid Song où Greenwood caresse souplement sa gratte avec un archet, la superbe Reckoner, les surpuissantes Myxomatosis, Bodysnatchers et Idiotheque. Et puis, évidemment, les intemporels Karma Police et Paranoid Android. J’ai par contre pas compris l’intérêt de jouer Give Up The Ghost en demi playback. Passons…

J’ai donc enfin vu Radiohead en live, et pendant plus de deux heures, ce fut un régal à bien des points de vue. Parce que je ne vous ai pas encore parlé de la très jolie scène aux milles écrans qui bougent et que c’était vraiment joli. Je ne vous ai pas dit que le son, bien planqué au milieu de la fosse, était d’une rare qualité. Loin, très loin, de la soupe que je craignais devoir m’avaler. Le tout apportant à l’ensemble le petit plus qui transforme des bons concerts en d’excellents souvenirs. Une très grande soirée sur le plan musical, un concert de très haute tenue sur le plan instrumental, Radiohead est définitivement un grand groupe qui sait procurer bien du bonheur à tout qui veut se laisser gentiment emporter par ce qu’ils proposent.

Auteur: Bousval

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