Pitchfork Music Festival @ Paris

Pitchfork organisait la deuxième édition parisienne de son festival le week-end dernier (on est un peu en retard dans la mise en ligne de l’article, c’était début novembre. Et alors ?). Nous y étions. Récit de cette aventure particulière en plongée dans un monde parallèle…

Tout d’abord, plantons le décor. Pour ceux qui ignorent ce qu’est Pitchfork, quelques explications s’imposent. Pitchfork est un site web musical basé à Chicago. Ca critique sans concession la quasi-totalité des sorties estampillées musique indépendante, underground ou alternative, appelez ça comme vous voulez. Folk pour barbus bohêmes, rock garage pour punks en cuir, électro pour speedés du samedi soir, rap pour révolutionnaires en survet’, pop de tarlouzes ou rock propret des classes moyennes, tout y passe. Tout, tant que ce n’est pas « mainstream ». Et comme le site, notamment de par ses redoutées cotes de 0 à 10 (avec une décimale !), est devenu de loin le média le plus influent de ce petit milieu, il fait et défait les modes au sein de cette culture underground qui par définition échapperait à tout standard… C’est le serpent qui se mord la queue en quelque sorte… Cette réserve étant émise, il n’en reste pas moins que Pitchfork est la « Bible » de l’amateur de musique un brin plus averti que celui issu de la « masse » qui continue à vivre comme un bien heureux en se contentant des bouses FM.

Pitchfork, en version festival, ça donne sur papier une affiche aussi pointue qu’intéressante, dans un cadre a priori très soigné (la Grande Halle de la Vilette à Paris). Passons en revue le cadre, l’ambiance et bien sûr la musique. Et ce de 0 à 10, avec une décimale !

Le cadre. 7.9/10 – L’immense salle rectangulaire est divisée en deux parts égales avec une scène de chaque côté. Sur les bords, de simples draps noirs sur lesquels ça et là sont projetées de rares images qui font le boulot en apportant une chaleur tant acoustique que visuelle plutôt réussie. A la fois minimaliste et classe, quand votre plus récent souvenir de festival c’est Dour 2012, autant dire que ce site est le Pays des Merveilles.

L’ambiance. 4.2/10 – Entre bourgeois-bohèmes, hipsters, nerds ou snobs, on ne sait plus à quel qualificatif faire appel pour définir ces gens dont la superficialité est inversement proportionnelle à leur penchant pour la déconne… Le bilan après trois jours de festival est sans appel : deux rencontres sympathiques. Waouw. On aurait passé les mêmes trois jours enfermés dans les chiottes du Louvre que le bilan n’aurait pas été pire. Heureusement, nous étions six joyeux camarades et la picole a rendu tout ça merveilleux. Petite suggestion aux organisateurs pour l’an prochain : aligner quelques groupes rock’n’roll à l’affiche (Pitchfork a récemment adoré Thee Oh Sees, Metz, The Men, Ty SegallIceage, ils étaient où ?) et diminuer le prix du ticket, quitte à y perdre une tête d’affiche. Ca donnerait un côté moins guindé à la petite sauterie.

Le son. 10/10 – Merde, on vient de donner un 10. On n’est pas prêt de bosser pour Pitchfork. Mais sérieusement le son était foutrement bon. Ca devrait toujours être comme ça.

DIIV 7.6/10 – C’était « bien ». Comme on pouvait s’y attendre, c’est plus nerveux en live et ça nous a permis de découvrir leurs morceaux différemment. Etant donné la courte longueur du set, ils n’essayent pas d’installer l’atmosphère cool de l’album. Bonne ou mauvaise idée ? Leur futur concert à l’AB très bientôt devrait nous permettre de se faire un avis plus tranché.

Japandroids 8.3/10 – Le seul grand moment bien rock’n’roll du festival ! Mais vraiment ! L’énergie qu’ils balancent à deux, et rien qu’à deux, est incroyable. Evidemment, c’est parfois brouillon, surtout la voix qui a vraiment a du mal à suivre le rythme. Mais comment leur en tenir rigueur alors qu’ils ne sont que deux et envoient la purée comme s’ils étaient 4. Ils nous ont en plus bien fait marrer avec leur « superstorm ».

M83  5.3/10 – Parmi vos deux serviteurs, l’un a vraiment aimé l’album, l’autre n’en peut plus de devoir se taper ‘Midnight City’ quand il est au rayon boucherie. Celui qui a vraiment aimé l’album, les a également vraiment aimés au dernier Primavera. Mais là, il les trouvait assez cliché. Mauvaise l’idée de rajouter un orchestre… Surtout si c’est pour les faire jouer la nappe de synthé enregistrée (il n’y a que sur un titre où l’orchestre s’est un peu fait entendre). Celui qui est dépité au rayon boucherie en a eu pour son pognon ! Une heure de bonne grosse nausée, le steak haché ne devait pas être frais. C’est que pour lui M83, c’est juste un truc entre du mauvais shoegaze et de l’électro bourrin, qui parfois a même l’hostile idée de nous rappeler aux mauvais souvenirs de Queen. Là où ils sont tous les deux d’accords, c’est de dire que ce soir là M83 surjouait. Ils ont peut-être pris du plaisir mais n’en on pas donné beaucoup au public. Allez, on n’en parle plus.

Wild Nothing 7.8/10 – Une excellente surprise de ce festival. Sur album, on avait accroché à la première écoute à leur dream pop à guitares. Et les p’tits gars ont bien transformé l’essai. En début de soirée, ce « Real Estate meets The Cure » passait tout seul.

The Walkmen 8.6/10 – C’en est presque fatiguant de se répéter mais ces gars ont une classe hors du commun, un talent hors-du commun et une solide collection de morceaux hors-du-commun, bien ré-achalandée avec leur dernier album Heaven. Une heure de concert parfaitement balancée entre tubes indie-rocks et balades touchantes. Ces crooners semblent venus d’un autre temps mais font pourtant bien partie des groupes qui marqueront leur génération.

Fuck Buttons 8.1/10 – Un concert de Fuck Buttons, c’est une heure où le duo se fait face, séparé par leur immense table aux mille (enculés de) boutons. Sur le plan visuel, et même si on adore leur énorme boule à facette, vous conviendrez qu’on a connu plus captivant… Reste donc leur musique barrée et leur son surpuissant prenant aux tripes. Ils ont balancés leurs tubes et nous ont dévoilé un nouveau morceau qui s’annonce énorme. Sans être intemporel, c’est tellement efficace que ça reste le seul set électronique qu’un fan de guitares peut se taper de bout en bout sans se faire chier.

Animal Collective 6.3/10 – On commence à les connaître… Animal Collective s’amuse en live à surprendre son public en proposant des sets où de longues séquences obscures s’entremêlent à leurs futurs morceaux qu’ils testent et ça et là, un de leur tube, histoire que les gens restent. Alors que leurs albums sont difficiles d’accès mais regorgent de génie quand on prend la peine de s’y attarder, le bât blesse clairement en live puisqu’on n’a droit qu’à un seul shot.

Cloud Nothings 7.0/10 – Si on adoré les parties instrumentales, on trouvait le chant un peu en dessous. Ca manquait de justesse. La nonchalance c’est cool comme état d’esprit mais ça ne s’applique pas en toutes circonstances. Ceci étant, Wasted Days (bien meilleure version que celle jouée à La Chocolaterie) et No Future/No Past sont toujours des bombinettes. Du bon grunge qui va droit là où ça va bien. Mention « pas bien » aux organisateurs qui les ont fait joué bien trop tôt dans la soirée, c’était un peu « wrong place, wrong time ».

Liars 7.9/10 – Auréolé de leur très bon dernier album WIXIW où il se réinvente pour la sixième fois en autant de LP, les Liars étaient attendus au tournant. Cet album, clairement plus électronique que ses prédécesseurs, est surtout intéressant pour ces morceaux ambiants à l’atmosphère glaciale et inquiétante. Ce soir là, ils ont pourtant choisi d’en extraire les morceaux les plus rentre-dedans, ou d’en revisiter d’autres en version plus noise. Quand vous ajoutez à ça un énorme Broken Witch en clôture de set qui a tout retourné, l’addition est bien tassée. Ce n’est pas ce qu’on attendait mais c’était foutrement bon. Surprenant, comme toujours.

Grizzly Bear 9.3/10 – LE concert parfait pour clôturer notre festival. Bien plus convainquant que lors de leur tournée Veckatimest. Calme, beau, propre et bien foutu. Ils ont fait mouche. A l’écoute des  Speak in Rounds, Yet Again, Gun-Shy, While You Wait For The Others, Knife, Two Weeks, Sleeping Ute, on réalise qu’ils ont maintenant une discographie débordant de morceaux intemporels. Tubes sur tubes à l’interprétation sans faille, c’était du tout grand art. Et comment oublier ce Sun In Your Eyes pour se dire au revoir ?  On en a encore la chaire de poule au moment d’écrire ses lignes.

Quelques brèves de comptoir, on y était souvent, pour en finir : on a vu Sébastien Tellier et on ne sait pas quoi en penser, mais c’est pas grave. On a tendu une oreille aux Chromatics qu’on trouvait moins emballant qu’au Primavera. Dommage. Purity Rings mériterait peut-être le détour. Jon Talabot mérite assurément le détour. On a tapé du pied sur Breton, sorte de Foals du Aldi mais on en restera probablement là.

Voilà, probablement à l’an prochain Pitchfork. On espère en mode un poil plus rock’n’roll cette fois !

Auteur: Bousval

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