Dour 2012

Comme chaque année, Dour a réussi son pari de réunir au même endroit une multitude de gens qui n’ont, a priori, rien en commun: punks à chiens, petits jeunes bien propres sur eux, métalleux, gros pleins, pères de familles, hipsters, enfants, clubbers sous acide (voire plus), rastas, fan de ska … et même hip-hopeurs rappeurs (si si, ceux avec les baskets Nike, aux chaussettes blanches tirées au-dessus du training).

Dour, ce n’est donc pas que l’amour, c’est surtout la diversité. À chacun son Dour, voici le nôtre :

Jour 1

On ne va pas tourner autour du pot et on a presque honte, mais on n’a rien vu. Arrivés à l’ouverture des grilles, on a entendu (de loin) Roscoe (mais de loin, c’était suffisant), La Femme (ça par contre, ça avait l’air vraiment sympa… dommage qu’ils chantent en français). Je voulais voir School is Cool qui m’avait séduit à première écoute, mais Joe Piller et ses alcolytes ont précipité les choses. Même constat pour Caribou, sauf que là, on se consolera en se disant qu’on les verra en octobre, en première partie de Radiohead.

Bref, pour être honnête, on a seulement vu Franz Ferdinand, et c’était bien ! La machine à tubes était une fois encore de sortie pour un set différent de celui livré quelques semaines plus tôt à Barcelone. Plus électro, plus festif, ils ont envoyé la sauce classique et efficace (« Matinée », « Take me Out », etc.). Le tout agrémenté de quelques nouveaux morceaux et d’une reprise de Donna Summer (« I feel love ») poursuivant le dansant « Can’t stop feeling ». Il pleuvait à crever, mais ça n’a pas suffi à refroidir le public venu en nombre sautiller dans la boue de la Last Arena. Une fois encore, c’était prévisible… mais tellement jouissif.

Jour 2

Petit apéro dans la « Petite maison » pour se protéger de la pluie. On ne dira rien de VO et Malibu Stacy (parce que si on dit, on va médire). La journée a finalement commencé en beauté avec Hanni El Khatib. Guitares saignantes, riffs rageurs, ça sent bon le rock garage poussiéreux. Pas de tralala: c’est simple, c’est brut, c’est propre, c’est bien foutu à l’image de l’excellent « You rascal you ». On le savait bien, mais on vous le recommande.

On ne pouvait pas passer à côté de Dinosaur Jr.. Ce son de guitare chouinant et la voix de J Mascis qui rappelle la porte qui grince (copyright No Bullshit!, si mes souvenirs sont bons) passent toujours de manière bien agréable. Même si les papys ne semblent pas s’éclater des tonnes au milieu de leur mur d’amplis, ils font leur boulot et assurent plus que jamais. Niveau setlist, ils ont probablement été piocher dans leur répertoire plus ancien vu que je ne (re)connaissais (quasi) rien. Je sais, je ne suis qu’un sale jeune.

On m’a ensuite entraîné de force vers Puppetmastaz. Et je regrette: du rap, ça reste du rap. Des marionnettes ne rendront pas le truc plus audible. J’ai tenu 5 minutes avant d’aller un peu bosser dans le stand Pure FM qui avait bien besoin de notre aide (ou pas).

Une pita à l’ail plus loin, il est déjà temps d’aller sous la Marquee voir une nouvelle fois Battles: typiquement le groupe qui m’emmerde grave sur album mais que j’adore en live. Et je n’ai pas du tout (du tout !) été déçu par ce set d’une heure d’une musique indéfinissable, se situant quelque part entre le rock expérimental et électro bien foutue où se mêlent des sons plus improbables les uns que les autres. C’est juste énorme, hypnotique et ultra dansant. Et je ne vous parle pas d' »Atlas », morceau sur lequel j’ai perdu l’énergie qui me restait encore à ce moment-là.

« People won’t be people
When they hear this sound« 

What else … ? Et comme vous êtes bien sages, voici leur set complet filmé par Arte (que j’aime ces gens) :

Jour 3

La pluie redouble d’intensité, la Rue Neuve entre les caisses et l’entrée du festival n’est qu’une piscine de boue. À ce stade-là, on sait déjà que nous sommes des héros.

La journée commence en force avec nos amis de BRNS. Leur EP Wounded m’avait déjà fait fort bonne impression. Et le live vient conforter tout ça: BRNS, ça vaut le détour. Ambiance survoltée, des mecs qui s’éclatent sur scène, des titres accrocheurs (« Mexico » est déjà un tube, non ?) mais loin d’être stéréotypés ou monotones. Mention spéciale au batteur-chanteur. Ca m’a toujours impressionné. Surtout quand c’est réalisé avec autant de réussite. Par contre, on a longuement discuté « influences »: ça oscille entre Foals, Wu Lyf et TV on the Radio (on a même entendu parler de Fleet Foxes, mais j’attends des preuves sans quoi je mettrai ça sur le compte de la bière). Mais que foutre, ils font ça méga bien. Parions qu’il faudra compter sur eux dans les prochains mois (et je regrette amèrement de ne pas avoir su les rencontrer pour acquérir leur vinyle). Si vous me lisez…

Et comme c’était la journée des doubles batteries sur scène, on a poursuivi avec Poliça qu' »on » nous conseillait chaudement. On a apprécié l’énergie dégagée par le groupe et, -justement-, ces batteries qui percutent fort et juste. J’irai d’ailleurs réécouter cela à tête reposée. Mais de là à le qualifier de meilleur groupe, il y a un pas que je ne franchirais pas, Justin Vernon. La voix tendant de temps en temps R’n’B est parfois énervante, les déhanchés de la chanteuse insupportables. Et ce qui m’emmerde par dessus tout, c’est quand les groupes usent et abusent d’enregistrements. Ils étaient où les claviers, hein ?

Quelques heures après, c’était au tour de Bon Iver de monter sur la Last Arena pendant le seul moment sec de la journée. On regrettera le choix de la scène (pourquoi pas dans un chapiteau, dites ?), le son qui n’allait pas assez fort mais surtout -SURTOUT !- les gens qui ne font que parler autour de toi pendant que tu tentes tant bien que mal de kiffer la vibe. Une percée salutaire vers les vingt premiers mètres devant la scène plus tard, on se sent enfin bien. « Perth », « Towers », « Holocente » et autres « Skinny Love » fonctionnent à merveille malgré quelques petits dérapages et l’absence d’ambiance vraiment intimiste qu’on rêverait pour ce type de musique. Mais pourquoi vouloir à tout prix terminer par « Beth / Rest » ? Ne me fais pas croire que tu aimes cette chanson, Justin ?!?

Et comme nos oreilles en voulaient encore un peu, on a poussé une pointe jusqu’à la Cannibal Stage pour observer le spectacle offert par Punish Yourself. Grosses guitares, gros son électro, aucune finesse… mais un grand moment de peinture et de fun. On a bien ri, bien crié avant d’aller discuter le bout de gras avec des mangeurs de fraises. Trou noir.

Jour 4

La pluie a décidé d’emmerder son monde et nous réveille avant 7h, heure idéale pour bouger la voiture du parking avant de devoir faire appel aux fermiers du coin (qui, à mon avis, n’ont pas glandé beaucoup…). Après une visite à Quiévrain pour manger de la vraie nourriture au sec, nous voici de retour dans l’enceinte du festival. De la boue liquide, glissante et odorante jusqu’aux chevilles. Partout (et c’est ici qu’on rit beaucoup en pensant aux fameux hip-hopeurs rappeurs aux baskets blanches et aux chaussettes remontées au-dessus du training).

J’ai jeté un oeil curieux à Chairlift qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. Mais il faut bien avouer que c’était pour attendre au sec Baxter Dury. On l’avait déjà vu sous le soleil il y a quelques semaines et j’ai (et de loin !) préféré sa prestation à Dour qu’au Primavera. Fini l’air hautain et suffisant, l’homme se marre plutôt bien à Dour, balance des vannes (pourries mais après 4 jours de festival, on se contente de peu) et semble vraiment prendre du plaisir sous une Marquee boueuse. On ne passe donc plus son temps à regarder la claviériste-choriste (oooh) et on apprécie grandement l’ensemble qui reste excellent. Et on le répétera encore souvent: « Happy Soup » est un vraiment chouette album. C’est la classe. Voilà.

On a assisté au début du concert des Subways lancé par un Pompon tout chaud, juste le temps de se rappeler quelques uns de leurs morceaux issus du premier album : « Oh Yeah », « Mary » et -évidemment- « Rock’n’Roll Queen ». Et sans déconner, j’ai été (agréablement) surpris par l’énergie que les lascars habitués de la Plaine de la Machine à feu dégagent. Ca joue fort, ça parle fort (« Meeeerciiiii beaucouuuuuuupppp »), ça sautille partout, ça met beaucoup d’ambiance. Bref, ça envoie du bois.

Et vu qu’il faut maintenant un bon quart d’heure pour traverser la mer de boue pour rejoindre la Last Arena, on a quitté les Subways en plein milieu, histoire d’être bien mis pour faire la fête avec les Flaming Lips. Alors que le soleil revient à l’horizon (tout juste pour aller se coucher, feignasse !), Pompon débarque sur scène. Visiblement plus à l’aise dans son short qu’en rôle de traducteur de Wayne Coyne, l’animateur emblématique raconte n’importe quoi mais semble bien heureux d’y être. Tant mieux ! La fête peut commencer: canons à confettis, danseuses, animaux, mains géantes laser, vidéos en fond, instruments tunés et boule à facette, les concerts des Flaming Lips sont toujours de véritables shows. Et à Dour, évidemment que ça fonctionne bien. Avec tout ça, on en oublierait presque qu’ils sont là pour la musique. Et pourtant, même si les couillonnades entre les titres (voire pendant les chansons, quand il s’arrête parce que deux personnes dans le public se « battent ») prennent beaucoup de temps, la setlist n’a rien de ridicule. À voir les mines réjouies dans le public, je n’étais pas seul à passer un excellent moment. Même Wayne Coyne se disait heureux d’être là, séduit par les festivaliers couverts de boue. « Do you realize ? »

Pour nous, elle était faite. Malgré la pluie incessante et la boue visqueuse, les bières à 100 francs, les gens rigolos rencontrés ici et là, les pitas à l’ail et ces quelques très chouettes moments musicaux nous ont permis de tenir les quatre jours. Avec cette fierté de pouvoir dire que « Dour 2012, j’y étais ». À l’année prochaine …

Auteur: Adrien

Partager cet article sur

Réagir

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>